« Si vous ne devenez comme les enfants... »

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child from Tibet

Refugee child in India, by Léonie Work Luterman

« Si vous ne devenez comme les enfants... »


Gabriel a 4 ans. La question de la mort le tourmente, depuis que son grand-père est malade. « Si Bon-Papa va mourir, est-ce qu’il deviendra un ange ? Est-ce qu’il aura des ailes ? » Vision d’enfant, bien sûr. Mais pas si éloignée, il me semble, de celle qui, de la Genèse à l’Apocalypse, parcourt toute la Bible, et qui a insipré tant de grands artistes (que serait Chagall sans les anges? ou Fra Angelico? et dans les régions comme la nôtre, si sensibles aux détails réalistes, Memling ou van Eyck?). A trop se méfier d’un symbolisme qui ne satisfait plus nos esprits modernes, on oublie peut-être que ‘ange’ signifie simplement : envoyé, messager. Et, dans les évangiles, toujours messager de grande et bonne nouvelle : à la jeune Marie, dont la vie en sera bouleversée -et la nôtre avec elle ; aux bergers, invités à découvrir un enfant « qui sera une grande joie pour tout le peuple » (Luc 2,10) ; aux femmes qui venaient pleurer un mort, et voilà qu’il est vivant (Mt. 28, 5)...

Evidemment, un envoyé suppose un envoyeur. L’Ecriture, le plus souvent, parle de ‘l’ange du Seigneur’ Mais avec des variantes, selon la culture du destinataire. Là où Matthieu, écrivant pour des juifs, parle d’un ange, Marc, qui s’adresse au monde païen, dit que les femmes on vu ‘un jeune homme vêtu d’une robe blanche’ (Mc 16,5). Mais le message est le même : l’important est d’avoir reconnu un messager, qu’on l’appelle ange ou autrement.

Et pour nos mentalités d’aujourd’hui ? N’y aurait-il pas ‘grande joie’ -et parfait réalisme- à détecter les nombreux porteurs de bonne nouvelle, qui viennent annoncer, comme les anges à Noël, un monde de paix, de fraternité, d’espérance ? Quand Daniel Bareboïm entraîne à travers l’Europe et au-delà son orchestre de jeunes musiciens, israéliens et palestiniens mélangés ; quand Maggy Barankitse rassemble les enfants tutsis et hutus pour en faire des amis ; quand Nelson Madela rend obsolète la ségrégation raciale dans son pays ; quand jeunes flamands et jeunes wallons travaillent en bonne entente au service de jeunes demandeurs d’asile de toutes langues et de tous continents (j’en suis témoin au Centre d’accueil du Petit Château !)... Chacun et chacune pourrait dresser sa liste : dans nos vies, dans ma vie, quels anges ont changé mon regard, m’ont ouvert des perspectives, m’ont annoncé que la communion entre humains était possible ?

Quant aux ailes ! l’Evangile n’en parle pas, mais ne dit-on pas que l’amour en donne ? Elles permettent de franchir les distances, elles évoquent la liberté, la promptitude du mouvement pour rejoindre l’autre. Après tout, il sentait juste, Gabriel (le bien nommé !), avec son intuition d’enfant encore accordée au langage des symboles : son grand-père, en traversant l’épreuve de la maladie et l’insondable mystère de la mort, deviendrait un messager de courage et d’humble dignité dans l’acceptation de notre fragilité humaine. Grand message, en vérité, qui peut, si on l’accueille avec confiance, se transformer en joie divine : quand le Verbe de Dieu est venu habiter parmi nous, n’est-ce pas ce qu’il a d’abord accepté pour lui-même, avant de nous aider à en pénétrer tout le sens ?

Gabriel, en grandissant, utilisera d’autres mots pour parler de ces choses. Bien sûr. Mais je lui souhaite de garder ce goût du questionnement qui veut percer les apparences, ce coeur ouvert aux signes d’une Présence qui dépasse notre entendement. Car pourtant c’est bien elle, si nous lui sommes disponibles, qui donne à nos vies toute leur lumière...

Françoise Cassiers rscj
province de Belgique – Nederland

 


Commentaires (2)
  • Shanti Fernandes  - Si vous ne devenez comme ...

    Merci pour ta reflection sur l ange. I was very inspired. Thank you
    Love Shanti rscj India

  • Maria Cecilia Amarante  - Devant le grand Mystere

    Bien chere Francoise
    Ton petit Gabriel est venu a la rencontre de situation pareille pour moi en ce moment. Un garcon de 7 ans vient de perdre subitement son papa. Il a appris que Jesus a dit que le ciel appartient aux enfants. Il veut bien que son papa soit au ciel. Mais qu il devienne enfant, cela ne le rassure pas du tout... il lui semble que son papa reviendra et il lui faut un papa, et non un frere, car il en a deja un...
    Nous nous trouvons souvent en la presence d enfants muets, inquiets, devant le mystere de la Vie a venir, qu ils essaient de sonder, deviner, comprendre...
    Merci pour ta reflexion.

    Pour le symbole de l ange-messager de bonne nouvelle...
    Maria Cecilia rscj

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