Gerardette Philips rscj, District d'Indonésie
![]() Gerardette Philips rscj et Shanti Fernandes rscj
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Conversation avec une amie
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Dialogue interreligieux
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À Jakarta, avec Ibu Sylvia
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Moi, Gerardette Philips, je suis née de Cassandra et Ralph Philips, à Bhusawal, petite ville de croisement de train à l’ouest de l’Inde, le 20 février 1966. Pourquoi ces noms alors que je suis indienne ? L’Inde est un pays très divers, avec beaucoup de couleurs, de traditions, de religions, de races et de langues. Mes propres racines viennent de différentes parties du monde et ont trouvé leur place en Inde ! Je suis la quatrième enfant d’une famille de cinq ; j’ai un frère plus âgé en Inde avec sa femme et ses trois enfants ; mes deux sœurs plus âgées vivent au Canada avec leur famille. Mon plus jeune frère est mort à l’âge de 7 ans. Quand j’avais 16 ans, mon père mourut et ma mère resta dans notre maison familiale de Bhusawal, maison qui reste ouverte à tous.
En famille, nous avons grandi proche de Dieu et les uns des autres. Le Sacré-Coeur, Marie, le saint Esprit et beaucoup de saints avaient une place dans notre maison, pas seulement sur les murs mais aussi dans nos cœurs. Nous priions le Rosaire et allions à l’église tous ensemble. Nous allions visiter des lieux saints et des églises dans d’autres régions de l’Inde et nous renouvelions la consécration au Sacré-Cœur tous les ans. Ma mère avait des moyens très simples pour nous apprendre comment aimer, et mon père à avoir confiance. Les deux restent de solides pierres de fondation dans ma vie.
J’ai grandi avec trois appels qui sont devenus importants pour donner forme à ma vie. Depuis que j’étais petite, je savais que toutes les religions étaient riches et avaient leurs propres manières d’exprimer leur relation à Dieu. Quand j’ai eu 3 ans, j’ai vu cela très clairement: un homme connu de notre famille était vêtu de blanc, avec un capuchon sur la tête, incliné, prostré sur un petit tapis de prière, les yeux clos et en profonde prière. Le sens de la prière dans la vie d’un musulman m’a prise toute entière. Cette image est gravée dans ma mémoire et les sentiments qui allaient avec à ce moment-là ont trouvé une signification toujours plus profonde pour moi à travers ma vie. Le travail de relations entre croyants de foi différente ont commencé naturellement dans mon enfance car certains de mes amis proches étaient hindous et musulmans. Je me rappelle quelques-uns des jeux auxquels nous jouions et aussi du partage au sujet du Dieu auquel nous croyions.
Mon second appel concerne les personnes qui ont un handicap mental. Je savais, dès l’âge de 4 ans, qu’elles avaient une place spéciale dans le monde. Etre avec elles ne m’a pas seulement déplacé mais a changé mon cœur, le centre de mon existence et le sens de la vie. Ils m’enseignent à vivre et à aimer.
Les troisième appel m’a été fait aussi quand j’étais enfant. Le jour de ma première communion, quand on nous apprenait à dire « Jésus vient dans mon cœur », je restais silencieuse. La religieuse qui s’occupait de nous m’a demandé pourquoi je ne le disais pas. Ma réponse fut : « Jésus est déjà là, je n’ai pas à Lui demander de venir dans mon cœur ». Je savais, à l’âge de 8 ans, que Dieu habitait en moi et que ma vie était celle de Dieu. J’étais consciente que mon cœur était habité par Dieu. Beaucoup d’expériences avec mes parents, mes frères et sœurs, ma grand-mère (qui vivait avec nous) m’ont confirmé dans cette idée. Je voulais devenir religieuse parce que je voulais porter un habit comme la religieuse que j’aimais. Cependant, quand je vis une religieuse du Sacré-Cœur pour la première fois à Sophia College, à Mumbai, elle était au milieu de beaucoup d’étudiants, habillée comme eux mais elle paraissait différente. Chaque cours donné par une RSCJ avait une tonalité différente…et partout où une RSCJ était présente il y avait une différence ! Je voulais être comme cela dans ma vie…paraître comme tout le monde mais pouvoir faire une différence !
Je suis entrée dans la Société du Sacré-Cœur après mon diplôme à Sophia College et après avoir travaillé environ cinq ans au Consulat d’Oman. Avant de quitter le Consulat, me furent donnés un tapis de prière, une copie du Coran et un « tasbih » (perles utilisées par les Musulmans pour réciter les noms de Dieu). J’étais sûre que je devrais laisser tout cela lors de mon entrée, mais à ma surprise, je fus encouragée à apporter avec moi tout ce que j’avais, y compris le Coran et le tapis de prière. Tous mes dons furent bienvenus dans la Société. Dans ce partage, je voudrais montrer comment l’appel à engager des relations avec les musulmans s’est développé.
En 1988, quand je devins candidate, notre seule spécialiste islamique en Inde, Sr Arati Kathleen Snow, qui aimait les musulmans, s’en retourna à Dieu. Au noviciat, nous fumes encouragées à choisir notre Sadhana (notre chemin vers Dieu). Mon choix fut de mieux connaître l’Islam. La maîtresse des novices m’aida beaucoup dans cette étude. En 1991, je devins membre de l’Association des études islamiques qui fait partie de l’Eglise de l’Inde. Mes années de Jeune professe m’ont donné beaucoup d’occasions de rencontrer des musulmans, d’étudier un peu d’arabe, l’Urdu (langue utilisée par les musulmans indiens) et aussi d’être dans une université musulmane, tandis que je préparais un diplôme d’éducation spécialisée pour handicapés.
Le mois du Ramadan a une place importante pour moi. Et même depuis que j’ai commencé le jeûne, en 1991, j’ai eu beaucoup de surprises. Une des surprises fut de recevoir une lettre du Conseil Général en 1999 me demandant d’aller en Indonésie. J’arrivai dans notre communauté d’Indonésie le 9 juin 2000. Le 14 juin, je suis allée dans une école d’handicapés près de notre communauté. Elle était dirigée par une merveilleuse femme musulmane, Ibu Sylvia, qui est devenue une chère amie de la Société. Ensuite j’ai étudié l’indonésien à l’Université d’Indonésie. Pour le cours, il fallait écrire un document. Le mien fut sur: « Le point de rencontre entre Musulmans et Chrétiens en Indonésie ». A ce moment-là je ne me suis pas rendue compte que ce document et les personnes rencontrées pendant ce temps allaient façonner ma vie et ouvrir des portes pour entrer en relations avec les musulmans en Indonésie et dans les autres parties du monde.
Ma première invitation par une Université musulmane, Paramadina, fut pour donner une conférence sur « Jésus, mystique ». Elle fut suivie d’une invitation à rejoindre la Faculté de Psychologie et la Faculté de Philosophie et Religion. C’était la première fois que l’Université avait une personne non musulmane dans sa faculté. En 2003, Paradina, en coopération avec le Collège islamique commença un programme de « masters degree » de philosophie islamique à Djakarta, pour des études plus poussées. De nouveau j’étais la seule non musulmane dans la classe. Cependant mes professeurs disaient que j’étais une « musulmane de cœur ». Etre musulmane de cœur devint une nécessité pour l’admission du trimestre suivant ! Ce programme m’a appris le sens du « vrai islam » et la richesse de cette religion, si proche de nous, à la fois dans son contenu et dans son expression. Je commençais aussi à connaître la présence et la réalité de l’Islam dans différentes parties du monde. Le lendemain de mes derniers examens il me fut demandé d’enseigner la Mystique Occidentale aux étudiants en MA (Masters degree) du Collège islamique.
La surprise continue…Je fus invitée à prendre part à une retraite musulmane sufi et maintenant je suis dans l’équipe de préparation des « retraites chrétiens-musulmans ». Je suis souvent invitée à ce centre pour y partager mes expériences spirituelles et donner un sermon pendant le mois du Ramadan. Cette année, trois mosquées de Djakarta m’ont invitée à partager mes expériences durant ce « saint mois ». La demande la plus récente vient du « Leaders Outreach Initiative Program »: un groupe de leaders musulmans du Bengladesh viendra en Indonésie pour étudier et expérimenter l’ouverture des musulmans et des chrétiens en Indonésie. Nous espérons que ce programme invitera d’autres à se réjouir de l’harmonie qui existe parmi les croyants de différentes religions.
N’y a-t-il que des invitations venant des musulmans ? Dieu sait comment se font ces choses. En juillet 2005, je fus nommée consulteur au Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux (Commission des relations de l’Eglise avec les musulmans). Cette nomination a fait que des paroisses qui étaient sceptiques vis à vis des musulmans m’invitent maintenant à partager au sujet des musulmans et des relations que nous devons avoir comme catholiques.
Ma vie est parmi des personnes de différents cultures, différents fois, les « petites gens », les chefs d’églises et de mosquées qui peuvent être agents de changement, avec des éducateurs, des étudiants, des enfants, des femmes et des hommes qui luttent pour des relations significatives et toutes sortes de visages que nous pouvons seulement trouver dans le Cœur ouvert de notre Dieu. Dans cette espace, des relations authentiques, ouvertes à la vérité, sont créées.
Le sens de mon voyage à travers ces trois appels pointe sur ce qui était si cher à Madeleine Sophie : la vie intérieure.
Ma vie dans « notre petite – mais grande- Société », vécue concrètement en communauté, me donne l’espace pour que cette « prière intérieure » me conduise à des lieux et des personnes que je n’ai pas choisies, au centre de l’Amour et me donne l’énergie d’aimer. Si Madeleine Sophie vivait de nouveau, elle vivrait ceci en obéissance au Saint Esprit. Dans le cas où j’aurais une seconde vie, je serai une RSCJ, parce que le temps d’une vie n’est pas assez long pour donner aux personnes l’amour qu’elles attendent.
Province de l’Inde
vivant dans le District d’Indonésie


