Rapport de la Conférence DPI/ONG 2005
|
Les participantes IBVM étaient les coordinatrices JPIC de toutes les provinces: Libby Rogerson (Australie), Doryne Kirby et Maria Lanthier (Canada), Kathryn Keigher (Angleterre), Sabrina Edwards et Helen Borneo (Inde), Cecilia Walsh (Irlande), Margaret Sewe et Nuala Brangan (Kenya), Linda Charles (Ile Maurice), Mercedes Ocharan (Pérou), Elizabeth Donnan (Afrique du sud), Cecilia O’Dwyer (Espagne), Arlene Ashack (USA), ainsi que Pat Murray (Rome). Les RSCJ de l’étranger étaient Carmel Flynn (IRS), Gwen Hoeffel (JPN), Teresa Mailly (ESS), Margarita Recavarren (PER) et Livi Rodrigues (IND). |
![]() |
|
Les foules grouillantes et colorées, l’effervescence aux Nations Unies et les flots de paroles n’ont pas pu cependant nous rendre sourdes aux cris de douleur montant de quatre coins du globe : les orphelins du sida, les 12.000 enfants enlevés dans le nord de l’Ouganda, les viols au Darfour et l’incessante et silencieuse extermination des peuples de la République Démocratique du Congo. Si nos dirigeants politiques avaient pu entendre ces voix angoissées ! Libby Rogerson IBVM, Australie |
|
La variété des ONG représentées dépassait ce que j’avais imaginé. Le choix des ateliers était vaste et les orateurs lors des séances plénières se montraient à la fois inspirés, informés, passionnés, et parfois ne manquaient pas d’humour pour exprimer leur grave message en faveur de l’humanité. Elizabeth Donnan IBVM, Afrique du sud |
|
Séances plénières Mercredi 7 septembre 2005 Jeudi 8 septembre 2005 Vendredi 9 septembre 2005 Pendant la conférence les séances plénières étaient transmises en direct sur internet; on peut encore les consulter sur www.undpingoconference.org (cliquer sur “web cast”). Le rapport official de la Conférence est disponible sur www.un.org/dpi/ngosection/ |
Carmel Flynn rscj and Livi Rodrigues rscj
|
|
Il y a eu beaucoup de manifestations parallèles. L’une, intitulée “La paix, non la pauvreté: événement politique et culturel » a particulièrement intéressé les IBVM et RSCJ. Par une heureuse coïncidence deux des orateurs étaient anciennes élèves de nos pensionnats – Wangari Maathi (Loreto Limuru, Kenya) et Mary Robinson (Pensionnat du Sacré-Coeur, Mount Anville, Irlande). N’oublions pas que nos élèves actuelles peuvent demain faire bouger le monde et le façonner. Pat Murray IBVM, Rome |
Doryne Kirby IBVM, Arlene Ashack IBVM, Pat Murray IBVM, Sabrina Edwards IBVM
|
|
Je suis revenue des Nations Unies stimulée par les intuitions des orateurs, la largeur de leurs idées, les valeurs manifestées et les défis proposés. D’où les questions suivantes:
Doryne Kirby IBVM, Canada |
![]() |
|
Livi Rodrigues rscj, Gwen Hoeffel rscj, Margarita Recavarren rscj, Helen Borneo IBVM, Mercedes Ocharan IBVM
|
|
Chacune des personnes avec ses dons et les différentes cultures des Provinces ont été des moments très enrichissants de la rencontre. Mercedes Ocharan IBVM, Peru |
|
Alors voilà. Je viens d’Angleterre, dis-je. Ma maison, ce sont les Nations Unies. Ce n’est qu’un bandeau blanc que je porte au poignet. Le secret est de ne pas s’épuiser. Kathryn Keigher IBVM, Angleterre |
Il y avait quinze IBVM et cinq RSCJ parmi les 1800 représentants des quelques 700 Organisations non gouvernementales (ONG) venues de 86 pays participer à la 58e Conférence annuelle du Département de l’information pour les organisations non gouvernementales (DPI/ONG). Cette Conférence, qui s’est tenue du 7 au 9 septembre au siège des Nations Unies à New York, avait pour thème « Notre défi : des voix pour la paix, la conclusion de partenariats et le renouveau ». Elle traita des problèmes qui étaient au programme du Sommet mondial de la semaine suivante : paix et sécurité, droits de l’homme, progrès accomplis dans la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et la réforme de l’ONU. Ce programme répondait au rapport du Secrétaire général intitulé « Dans une liberté plus grande : Développement, sécurité et respect des droits de l’homme pour tous », (disponible en plusieurs langues sur www.un.org/largerfreedom/).
La Conférence elle-même a été comme d’habitude une expérience épuisante, mais passionnante aussi en raison de la richesse des contenus et des possibilités de se mettre en réseau avec d’autres ONG. Cette année il y a eu beaucoup d’interaction avec les représentants des Etats Membres qui ont souvent pris place sur l’estrade à côté des représentants de la société civile et des fonctionnaires des Nations Unies pour discuter des défis d’aujourd’hui. Sachant que les gouvernements sont engagés dans des négociations importantes sur le projet de Document final pour le Sommet mondial, nous avons apprécié leur disponibilité pour prendre du temps d’échanger avec les représentants de la société civile.
Les séances plénières se tenaient chaque jour de 10h du matin à 13h et de 15h à 18h, laissant le temps de choisir entre 13h et 15h un des 30 ateliers interactifs de la mi-journée. Au cours de trois tables rondes simultanés, des participants à la Conférence, choisis d’avance, ont pris la parole, entre autres, Margaret Sewe IBVM, Pat Murray IBVM, et Livi Rodrigues RSCJ.
Notre bureau ONG avait demandé à ses invitées de venir à New York toute la semaine. Les deux premiers jours (5-6 septembre), il y avait des présentations sur les Nations Unies, la Conférence DPI/ONG et les OMD en général, pour nous mettre au diapason et préparer au temps intense qui allait suivre. Le lendemain de la conférence, le 10 septembre, nous avons échangé nos réflexions sur ce qui s’était passé.
Du 12 au 15 septembre, les sœurs IBVM avaient organisé pour leurs représentantes une session « Justice, paix, intégrité de la création » (JPIC), à laquelle elles ont invité les religieuses du Sacré-Cœur. La session, animée par deux membres de l’ONG irlandaise « 80/20 », avait pour but de coordonner les initiatives JPIC dans les provinces IBVM. Les IBVM ont fixé leurs objectifs pour l’ensemble de la Congrégation, décidant de centrer leur travail JPIC pour les trois ans à venir sur les OMD.
Extraits de l’intervention orale de Livi Rodrigues rscj, Inde
La croissance économique à elle seule ne mettra pas fin à la pauvreté. Nous avons besoin d’interventions simultanées en plusieurs directions. Le développement de l’agriculture doit s’opérer la main dans la main avec le progrès dans les soins de santé primaire, l’éducation de base et la création d’infrastructures. Si la croissance économique doit s’accélérer dans les pays les plus pauvres, l’aide étrangère reste nécessaire ainsi que la mise en oeuvre effective de toutes les ressources, intérieures et extérieures.
Aux nations développées nous disons : Tenez vos promesses. Réduisez vos dépenses militaires. Tenez vos promesses, en particulier celles que vous avez faites à Monterrey (Mexique) en 2002, par rapport à la flexibilité de l’aide étrangère.
Il est nécessaire aussi d’habiliter les pauvres à réduire la pauvreté, en particulier leur faire acquérir la capacité d’améliorer les services clés, tels que l’eau, l’assainissement, l’énergie, le transport, la santé, l’éducation. Voilà l’expérience qui se fait dans nos villages avec les ONG de base dans le domaine de l’éducation et de la santé.
Enfin, faites participer les pauvres à « la création de richesse », en sorte que des institutions telles que les petites et moyennes entreprises, la micro-finance et les groupes d’entraide prennent leur juste place dans la création de richesse. Les pauvres ont fait preuve de résilience et de persévérance. Le partenariat entre les ONG et le secteur public peut aller très loin dans le soutien de ces efforts. Dans cette participation des pauvres à la « création de richesse », il est important de viser les femmes car « si le développement ne prend pas au sérieux la perspective du genre, il est en danger » (Mahbul-ul-Haq).
Voici maintenant des réflexions de la part des RSCJ et IBVM qui ont participé à la Conférence.
Réflexions de Sabrina Edwards IBVM, Inde
La conférence DPI/ONG a été une rencontre extraordinaire de gens de différentes cultures, religions, couleurs, races. Toute tribu, langue, peuple, nation étaient là, rassemblés des quatre coins du monde aux Nations Unies, décidés à rendre le monde plus habitable pour tous. Je me suis sentie petite au milieu de ce flot d’humanité se déplaçant dans les corridors des Nations Unies – mais, comme aurait dit Mère Teresa « chaque goutte de l’Océan compte ». Etre une petite goutte IBVM était un privilège !
Le guide qui nous a fait visiter les Nations Unies nous a fait remarquer que nous étions sur un « territoire international !» Je n’étais plus indienne, j’étais citoyenne du monde entier !
Comme actrice sociale dans un des pays les moins développés du monde, venir aux Nations Unies et participer à l’atelier IBVM/RSCJ était un signe d’ESPERANCE. Le Népal est un des pays les plus pauvres du monde. Depuis 10 ans, le pays est déchiré par la violence. Les dépenses militaires augmentent chaque année. La pauvreté et la faim font partie de la vie de la majorité. Les enfants se couchent ayant faim. L‘éducation est un luxe. La maladie est généralement synonyme de mort. La démocratie est bien loin. Pourtant je me suis remplie d’espérance en entendant les gens répéter l’un après l’autre que la pauvreté n’est pas bonne ! La militarisation n’est pas la réponse ! La faim est causée par l’homme ! Merci à tous ceux qui peuvent envisager et rêver un monde meilleur pour tous les peuples de la terre.
La meule du changement ne tourne pas vite, par Carmel Flynn rscj, Irlande-Ecosse
Un soir, me rendant à Harlem Est par autobus, j’ai pensé à tous ceux et celles qui étaient entrés et sortis des Nations Unies ce jour-là. Le flot de personnes entrant et sortant semblait ne jamais devoir s’arrêter. La plupart avaient parlé à plus d’une personne. Des milliers de mots avaient été prononcés. Je pensais au titre de la conférence : « Des voix pour la paix, partenariats et renouveau » et je me demandais si, avec ces millions de mots prononcés, ces milliers de suggestions faites, quelqu’un en ce moment, quelque part dans le monde, allait mieux grâce à nous tous ici rassemblés.
Sur le chemin de retour, je me suis demandé : comment devient-on la voix des sans voix, des sans abri, de ceux qui sont désemparés par les circonstances ? Le petit pas que chacune de nous peut faire est important, a de la valeur, et cela nous ne devons pas oublier.
Réflexion de Maria Lanthier IBVM, Canada
Au cours de la semaine passée aux Nations Unies, nous avons pu écouter une quantité d’orateurs, hommes et femmes, dirigeants de nombreux pays, qui sont intervenus sur les réformes à opérer dans la société internationale, qu’il s’agisse de la violence, du commerce, des finances, de l’immigration, si nous ne voulons pas que la mondialisation étouffe les progrès faits dans la poursuite des OMD. Kofi Annan nous a dit : « Il faut que vous soyez les gardiens de la réforme du système international. »
Une vraie expérience du Royaume, par Teresa Mailly rscj, Espagne Sud
Cette rencontre a été une vraie expérience du Royaume : Kofi Annan nous a interpellés : « Vous êtes ici chez vous », soyez la voix des pauvres aux Nations Unies ; soyez la VOIX qui parle contre la pauvreté où que ce soit. Nous, RSCJ et IBVM, nous avons la responsabilité de faire que les OMD deviennent une réalité, et nous devons pousser nos propres congrégations et d’autres sur ce chemin.
La prière interreligieuse dans la chapelle des Nations Unies a montré à l’évidence que la prière ensemble et le partage de la foi sont possibles. Pourquoi ne pas travailler et penser ensemble ? Tout seuls nous ne pouvons pas changer la réalité de la pauvreté. Nous avons besoin d’unir nos forces et de susciter des alliances.
Soyons la voix.
Réflexions d’Arlène Ashack IBVM, USA
La Conférence m’a vraiment fait comprendre comment notre participation aux Nations Unies ne faisait qu’un avec notre charisme d’Intégrité, Justice et Liberté, qui caractérise la position IBVM dans le monde. Le bureau ONG donne à notre réseau JPIC international la possibilité de travailler en lien avec d’autres ONG ; c’est un déplacement voulu vers un horizon mondial, la possibilité de vivre toujours plus intensément notre charisme.
Cela m’a fait sortir des frontières de mon propre pays. Le partage de notre idéal, de nos points de vue et de nos expériences a été source de dynamisme dans la considération de la réalité mondiale et de la nécessité de travailler pour que les choses changent. Comme le disait Kofi Annan, « Souvent vous voyez ce que n’est pas encore visible pour les diplomates et vous pensez ce qui paraît impensable aux gouvernements et ce que leurs subordonnés ne sont peut-être pas encore prêts à admettre. Ce que vous dites est peut-être imbuvable aujourd’hui, mais souvent demain devient sagesse courante. »
Appel à l’action, par Gwen Hoeffel rscj, Japon
Comme les négociations pour le Sommet de la semaine suivante étaient en cours au même moment et dans le même lieu, nous avons été encouragés à faire entendre notre voix. Nous avons rédigé un « Appel à l’action », approuvé par les délégués à la conférence et transmis au Président de l’Assemblée générale. En voici le contenu :
Nous, les milliers d’ONG rassemblées aux Nations Unies, pressons les chefs de gouvernement d’embrasser les grands horizons des Nations Unies pour le bien de tous les peuples du monde en ce moment critique pour la sécurité humaine, la paix et le développement. Nous vous supplions d’abandonner vos intérêts étroits et de travailler les uns avec les autres pour qu’un vrai changement ait lieu, qui se traduise en termes concrets et pratiques dans le document final du Sommet Mondial de 2005. Ne laissez pas passer cette importante occasion.
Ce fut une chance et un défi de prendre part à la Conférence, et je recommande vivement cette expérience et encourage d’autres rscj à en profiter. J’espère vraiment que nous pourrons créer entre nous des partenariats qui permettront à des sœurs de pays en développement de faire le voyage de New York.
Réflexions de Cecilia Walsh IBVM, Irlande
Maintenant c’est à nous de mettre en pratique chez nous dans nos différents contextes l’apport riche et varié que nous avons reçu. La mise en réseau et le partenariat ont pris pour nous de nouvelles dimensions. Devant un si grand rassemblement, on se prenait à rêver du levain qui allait soulever la lourde pâte de l’humanité. Dans cette vaste entreprise, chaque effort compte, chaque pas est le début d’un voyage, chaque grain semé va germer.
Alors faisons de grands rêves et agissons de manière pragmatique là où nous sommes. Le philosophe allemand Goethe nous donne espérance et inspiration : « si vous faites un rêve que vous pensez devoir se réaliser, commencez tout de suite car l’audace a de la beauté, de la puissance et du génie. » Quel est votre rêve ?



