Le semeurParabole en Matthieu : 13 : 1-23
« Voici que le semeur est sorti pour semer »
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| Manuscrit de l’Hortus Deliciarum fait, au 12° s., par l’Abbesse Herrade au Mont Ste 0dile pour ses moniales : parabole du semeur |
Il est sorti ; il marche ; il regarde vers l’avant, vers l’avenir de la récolte.
En même temps, il s’arrête : un pied est en marche, un autre est arrêté comme ceux du Christ de Silos dans la sculpture des Disciples d’Emmaüs. Et, ainsi, le semeur a l’air de danser à la pensée de l’avenir.
Il sème d’un grand geste large : il faut que la semence aille loin et aille, aussi, tout près : des grains sont tombés sous ses pieds. Et la semence est abondante dans son manteau. Elle est précieuse : elle ressemble à des pièces d’or : c’est la récolte future que le semeur voit déjà dans son regard.
Celui qui sème : le Christ
« Exiit qui seminat seminare semen suum » dit la légende de l’illustration. Celle-ci montre l’importance de la semence en reprenant trois fois la racine du mot : le semeur est sorti semer sa semence.
Cette semence c’est la parole du Christ : dans la suite du texte de l’Evangile, le Christ répète quatre fois : « c’est l’homme qui entend la parole de Dieu » (Cf.. v :19, 20,22,23)
Le Christ semeur sort : Il est sorti du Père pour aller vers l’humanité : « Il a envoyé son Fils Bien-Aimé qui est devenu l’un de nous et a livré sa vie pour nous libérer, nous recréer et tout rassembler en Lui à la gloire du Père » (Const. § 2) Cela nous est marqué par l’intensité du regard tourné vers l’humanité, vers son avenir. Sa robe rouge rappelle son sang versé. Son manteau est vert, de la couleur de la vie, évoquant sa vie de Ressuscité. Et cette vie est abondante comme cette semence.
Notre mission d’éducatrice, à la suite du Christ, c’est de semer.
Nous avons à sortir pour aller vers : avec un pied qui marche, le regard dirigé vers…. pour demeurer avec : un pied arrêté bien en prise avec le terrain, le moment présent, la réalité actuelle pour semer la parole de Dieu au loin et tout près.
Cette semence, la parole d’amour de Dieu, nous est confiée : elle est dans nos bras, dans nos cœurs. Comme le Christ, nous avons à la semer avec abondance d’un geste large. Semer, pour nous, c’est semer avec et dans le Christ mort et ressuscité : à la suite du Christ, notre robe sera rouge et notre manteau doit être vert.
Que devient cette parole de Dieu ?
Le Christ sème : « Je suis venu pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure ». Il nous appelle à devenir enfants de Dieu, dans l’amour de son Père, avec le souffle de l’Esprit.
Quelle sera notre réponse ? Elle peut être très différente selon les jours, selon les étapes de notre vie. Essayons de la reconnaître. En reprenant le texte de l’Evangile, faisons mémoire en nos cœurs des réponses que nous donnons à tel ou tel moment.
« Aliud cecidit secus viam » dit la légende de l’illustration.
« Des grains sont tombés au bord du chemin et les oiseaux sont venus tout manger »
« Quand l’homme entend la parole de Dieu sans la comprendre, le mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur »
« Aliud cecidit super petram » dit encore la légende ;
« D’autres son tombés sur le sol pierreux où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché »
« C’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui ; c’est l’homme d’un moment. Quand vient la détresse ou la persécution à cause de la parole, il tombe aussitôt »
“Aliud cecidit inter spinas” dit ensuite la légende
« D’autres grains sont tombés dans les ronces: les ronces ont poussé et les ont étouffés »
« Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la parole et il ne donne pas de fruit »
“Aliud cecidit in terram bonam” dit enfin la légende.
“D’autres sont tombés sur la bonne terre et ils ont donné du fruit »
« Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole de Dieu et la comprend. Il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un »
Sur quelle sorte de terre semons-nous ? Et comment semons-nous?
Nous semons la parole de Dieu. La faisons nous entendre avec des mots, un langage qui puisse être compris ? Seigneur aide-nous à dire ta parole.
La terre où va tomber la semence, comment la préparons-nous ?
Seigneur aide-nous à être sur le terrain les témoins de ta parole.
Semons-nous avec abondance pour qu’une partie au moins aboutisse dans la bonne terre ? Sur l’illustration, c’est la bonne terre qui est la plus loin du semeur. Seigneur aide-nous à semer sans nous lasser.
Semons-nous avec persévérance ?
« Toute l’humanité est appelée par Dieu. Nous sommes élus dans la foi chrétienne. Mais seuls ceux qui persévèrent dans la foi chrétienne sont sauvés » (texte de l’illustration : « Omnem humanum genus a Deo vocatum est sed electi in christiana fide perseverantes tantum modo salvantur ») Seigneur aide nous à semer avec persévérance, malgré les difficultés, avec Ta robe rouge et Ton manteau vert.
Cependant, nous savons que nous ne sommes pas maîtres de la réponse, de la germination de la semence Nous avons à nous dégager comme serviteurs inutiles : c’est une alliance entre la parole de Dieu et la liberté de chacun.
Seigneur, Toi le Semeur, aide-nous, à Ta suite, à porter Ta parole, à « rayonner par notre amour et notre service, la charité même de Ton cœur » pour que Ta semence germe et porte du fruit et que
« chaque personne s’éveille à la vérité, à l’amour, à la liberté
qu’elle découvre le sens de sa vie et se donne aux autres
qu’elle apporte sa part créative dans la transformation du monde
et qu’elle puisse rencontrer ton amour » (Cf. Const. § 11)
Françoise Rollin rscj
Province de France
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