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04-08-06

Fonkoze: un engagement

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la bonne nouvelle de Dieu pour les pauvres de Haïti, © Fonkoze
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Anita von Wellsheim rscj
J’ai commencé ma vie de rscj avec 33 années d’enseignement et d’administration dans plusieurs de nos pensionnats des Etats-Unis, depuis l’école maternelle jusqu’au baccalauréat, chargée successivement des classes élémentaires, du premier, puis du second cycle secondaire, terminant comme maîtresse des études. Un peu avant le concile Vatican II, des changements ont commencé à se produire, pas tout d’un coup, mais peu à peu. L’horizon devenait plus vaste : champ de vision, réflexion, étude de la théologie contemporaine, histoire, littérature, philosophie, documents du Concile.

Tout ceci mena à une prise de conscience nouvelle et grandissante de la souffrance et de l’injustice dans le monde, à un sens de la mission tel qu’il s’exprime en Luc, au chapitre 4 :

« L’Esprit de Dieu repose sur moi,
  parce qu’il m’a consacré par l’onction.
  Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle
  aux pauvres,
  Apporter aux captifs la délivrance
  Et aux aveugles le retour à la vue,
  Rendre la liberté aux opprimés,
  Proclamer une année de grâce du Seigneur. »


J’ai senti une responsabilité et le besoin de répondre à cet appel à servir les plus pauvres et déshérités du peuple de Dieu.

J’ai donc pris une année d’étude et de préparation avant de travailler avec les déshérités et les marginalisés. Puis on m’a demandé d’être directrice d’une école primaire très pauvre à East Harlem, New York, puis responsable de l’enseignement religieux dans les paroisses défavorisées d’Albany, dans l’état de New York , puis responsable du programme d’insertion pour les réfugiés dans le diocèse d’Albany. C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser aux réfugiés d’Amérique centrale fuyant la violence et la persécution dans les années 1980. Enfin j’ai fait partie d’une délégation de « Témoins pour la Paix » allant au Nicaragua : le groupe fut capturé par les Contras au Costa Rica, alors qu’il naviguait sur la rivière San Juan en faveur de la paix . Plus tard, j’ai fait du volontariat avec « Témoins pour la Paix » au Nicaragua pendant presqu’un an.

De retour aux Etats-Unis, j’ai enseigné l’anglais comme seconde langue à des réfugiés d’Amérique centrale, puis j’ai ouvert un bureau régional de Pax Christi USA, mouvement catholique national (et international) en faveur de la paix et de la justice. En 1992, j’ai participé à une délégation de Pax Christi USA en Haïti, juste après le premier renversement d’Aristide, et j’ai été fascinée par le peuple courageux et souffrant de Haïti. Après d’autres missions en faveur de la paix et pour veiller au déroulement des élections, j’ai eu la permission de retourner en Haïti pour un temps indéterminé. J’ai appris le créole haïtien et j’ai été bénévole à Lafami Selavi, l’orphelinat fondé par Aristide, ainsi qu’à Témoins pour la Paix.

Au bout de deux ans en Haïti, j’ai fait connaissance avec Fonkoze, la banque alternative haïtienne en faveur des Pauvres Organisés, qui commençait tout juste. Le nom « Fonkoze » est une combinaison de mots créoles signifiant « Fondation épaule contre épaule.» Mais qu’est-ce que Fonkoze ? Pour moi, en deux mots, Fonkoze, c’est la bonne nouvelle de Dieu pour les pauvres de Haïti. Pourquoi ? Parce que Fonkoze, çà marche. Dans un pays où presque rien ne va, Fonkoze marche. Comment le savons-nous ? Parce que Fonkoze est toujours là – au bout non pas d’un an, ou deux, ou trois, mais au bout de dix ans. Par ce qu’il répond encore à la vision de son fondateur.

Fonkoze a été fondé par le Père Joseph Philippe , spiritain, en 1994, et a été enregistré comme fondation - association sans but lucratif – en 1995. Le Père Joseph avait une claire vision de ce qu’il voulait. Il voulait donner aux pauvres les instruments dont ils auraient besoin pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Il voulait leur donner les instruments de leur autonomie. Entre autres, des services financiers – caisses d’épargne, accès au crédit, lieu où changer à un juste prix les dollars américains envoyés par les familles travaillant à l’étranger. Rien de cela n’était accessible aux pauvres. Il voulait aussi que cette banque fournisse des services éducatifs : alphabétisation dans un pays où 50% des habitants sont illettrés, formation à la gestion, protection contre le sida et les autres maladies sexuellement transmissibles - toute espèce de formation leur donnant une chance de sortir eux-mêmes des conditions désespérées dans lesquelles ils se trouvaient.

Ce qu’il voulait, et qu’il a réalisé sous la direction compétente de Anne Hastings, une volontaire américaine qui abandonna son métier de consultante en gestion à Washington DC pour cette mission radicalement différente, c’était une institution sur laquelle les pauvres pourraient s’appuyer longtemps dans le futur. Il voulait une institution accessible aux pauvres, où qu’ils soient, même dans les zones rurales les plus reculées d’un pays où il y a peu de routes, un accès limité à l’eau potable et à l’électricité, et pratiquement pas d’infrastructures de communication.

J’ai été invitée à travailler avec Fonkoze un peu de temps à Port-au-Prince, puis à collecter des fonds aux Etats-Unis. J’ai ouvert pour cela une antenne locale, Fonkoze Metro DC, et deux ans plus tard je suis allée à Kenwood où j’ai lancé Fonkoze Albany. Pendant cinq ans, les Amis de Fonkoze ont patronné de nombreuses actions destinées à recueillir des fonds et à sensibiliser les habitants de la capitale de l’Etat de New York aux problèmes de Haïti : ses besoins, son histoire, sa culture et ses habitants. Souvent je suis allée voir Fonkoze Haïti. Je l’ai vu grandir, d’un seul bureau à Port-au-Prince à 24 succursales à travers tout le pays, de 9 employés à 320, de 173 épargnants à 69.000, d’un budget de $78.453 à $5.233.879, de 22 emprunteurs à 28.183, de $25.733 en prêts à $4.992.265, avec un taux de perte de 0,95%.

Pendant la crise politique de février 2004, le bureau de Fonkoze à Port-au-Prince a fermé deux jours seulement. Après l’ouragan Jeanne qui a ravagé Les Gonaïves, tuant 3.000 personnes et laissant des milliers de personnes sans abri, le bureau local de Fonkoze est redevenu fonctionnel au bout de 10 jours seulement. En dépit des problèmes qui ont semblé l’écraser, Fonkoze a convoqué ces deux dernières années un Sommet anti-pauvreté novateur, a mobilisé un partenariat mondial pour éliminer la pauvreté extrême sur le Plateau central et a engagé un immense effort pour aider ses clients des régions inondées à retomber sur leurs pieds.

Comment se fait-il que Fonkoze, non seulement survive, mais se développe dans un pays accablé par les désordres politiques et les catastrophes naturelles , dans un pays où presque rien ne marche ? Fonkoze a pour mission d’encourager la démocratie à travers le développement économique de Haïti. Il offre aux pauvres de Haïti le capital, l’éducation et l’assistance technique, nécessaires pour réussir en affaires et devenir auto-suffisant. Ce n’est pas un projet ni un programme. C’est un engagement, une volonté de mettre en oeuvre la vision d’une institution durable sur laquelle les pauvres puissent toujours compter. Et c’est cela qui est merveilleux. Fonkoze marche parce que le staff tout entier travaille sans relâche pour arriver à cette fin. C’est pourquoi je crois que Fonkoze est la bonne nouvelle de Dieu pour les pauvres de Haïti.

Cela a été pour moi une grande chance et un cadeau de Dieu et de la Société qui m’a permis d’être porteuse de la bonne nouvelle de Fonkoze depuis dix ans. J’en suis profondément reconnaissante. Je crois que la mission de Fonkoze s’enracine profondément dans celle de la Société et dans ma vocation à manifester l’amour de Dieu et à faire le travail de Dieu qui est amour et justice, à donner ainsi vie et espérance aux plus pauvres des pauvres dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental.

http://www.fonkoze.org/

Anita von Wellsheim rscj
Province des Etats-Unis

Dernière mise à jour : ( 21-12-06 )
 

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