|
Me voici à ma dernière année des trois ans que comporte la formation MIR (interne des hôpitaux), en médecine de la famille, à Huelva. Etape intense dans ma vie religieuse, riche en expériences et en apprentissages autour de la relation. Pour partager un peu mon expérience d’éducatrice, je commencerai par nommer les convictions intérieures que j’ai acquises :
« Nous contemplons le Cœur de Jésus dans les joies, les espérances et les souffrances de l’humanité…l’expérience d’une spiritualité incarnée » (Chap. 2000). Je suis convaincue que là où nous misons sur des relations d’humanité, des processus d’accompagnement, de croissance et de santé, nous sommes dans la ligne de notre charisme.
La dignité de la personne en toutes circonstances. J’ai rencontré des personnes pour lesquelles il était important de souligner leur valeur ; d’autres au contraire qui acceptaient humblement leur fragilité, m’ont remplie de confusion et m’ont fait sentir avec le Cœur de Jésus.
« Nous n’avons pas de corps, nous sommes un corps » : la dimension physique nous façonne et ne peut être séparée du tout que nous formons en tant que personne. Ce qui veut dire que le corps doit être écouté, respecté et soigné, en évitant de tomber dans les extrêmes qui seraient l’ignorer ou le sur valoriser ; nous savons que cette seconde attitude est celle qui prévaut dans notre société.
Santé et maladie se vivent successivement, font partie de la vie. Cela ne nous aide pas à accueillir nos misères et nos souffrances, mais à supporter les problèmes de santé quand ils se présentent. Eduquer dans ce domaine est plutôt « contre culturel ».
La conception que nous avons de la santé est très liée au réseau de relations familiales et sociales : il m’apparaît clairement que pour certaines personnes la famille est leur soutien, alors que pour d’autres elle est source de conflits et de malentendus et que beaucoup de troubles et de problèmes mentaux viennent de là.
L’intimité, de quelque nature qu’elle soit (physique, psychologique) est une terre sacrée. Pouvoir en prendre soin est pour moi une responsabilité et un cadeau, à cause de la confiance, de part et d’autre, que cela suppose.
En regardant ma courte expérience de médecin : les apprentissages que je suis entrain de faire sont très utiles pour la vie, par exemple :
Ecouter l’autre : ce qu’il dit, ce qu’il ressent, ce dont il a besoin, ce qu’il attend de moi…et que je peux lui offrir.
Personnaliser : ce qui est bon pour une personne peut ne pas l’être pour l’autre.
Valoriser et me faire valoir. Valoriser celui qui ne croit pas en lui ou ne fait pas d’effort pour soigner sa santé, et me faire valoir dans certaines circonstances, parfois quand les gens perdent leurs papiers.
Partager aussi une petite intuition très forte que j’ai peu à peu acquise et qui unit notre spiritualité et mon expérience des consultations. Dans la Société j’ai appris que le Cœur est le noyau de la personne et le siège de ses énergies, et dans mon travail de médecin l’approche des personnes se fait habituellement à partir du corps.« J’ai mal ici », « je ne vois pas bien » « j’ai une boule ici », « la petite a de la fièvre», « j’ai des boutons », « je ne peux pas dormir » « il va beaucoup mieux »…voir, toucher, sentir… nous découvrir et nous percevoir à travers nos sens. Si le cœur est le siège, le corps est comme le « sacrement »palpable de ce que nous sommes, présence physique de toute notre personne.
« Prends soin de ton cœur, car il renferme les sources de la vie » (Prov. 4,23). Prendre soin du corps en tant qu’il nous conduit à la vie, comme fait Jésus quand Il guérit, par exemple la belle-mère de Pierre:«…elle était au lit avec de la fièvre.Ils lui parlèrent d’elle et Il s’approcha, lui prit la main et elle se leva; la fièvre l’avait quittée et elle se mit à les servir ». (Mc1, 30-31)
Olaya Mayans rscj
Province d’Espagne Sud
|