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On me demande souvent : « Pourquoi vas-tu en
prison ? » Je réponds : le
« Saint-Esprit ».
Aux alentours de 1960, j’enseignais avec bonheur dans notre pensionnat
de Woodlands et à Sheridan Road (Chicago), et je m’attendais à le faire
toute ma vie. Puis Vatican II est arrivé !
J’avais toujours pensé que les prisons et pénitenciers étaient des
lieux dépourvus d’amour. Je ne savais pas grand chose sur les prisons
et leurs habitants, mais il me semblait que personne ne se souciait
vraiment des personnes en détention. Elles faisaient partie des
nombreux « déchets » de notre société. Une citation de Jean
de la Croix me revenait sans cesse à l’esprit : « Mettez de
l’amour là où il n’y a pas d’amour et vous trouverez de l’amour ».
C’est cette pensée qui m’a mise en route.
Au début je me suis présentée comme volontaire à la prison voisine. A
la demande du shérif, je me suis installée au parloir deux heures par
semaine, à la disposition de quiconque aurait envie de parler. Je ne
suis jamais restée sans rien faire. Ce dont ils avaient besoin
manifestement, c’était de parler sans être jugé.
Le Jeudi-Saint de cette première année de volontariat, je suis allée à
la prison comme d’habitude. Quand je suis rentrée à la maison, il y
avait une affiche pour l’adoration de nuit, avec l’invitation :
« ne peux-tu veiller une heure avec moi ? » Je
n’oublierai jamais le sentiment qui m’envahit devant ces mots :
j’ai eu la certitude absolue que je venais de passer deux heures avec
Jésus à la prison et j’ai peu à peu acquis la conviction que
j’étais appelée à me mettre à plein temps au service des détenus.
J’ai eu la permission d’essayer pendant un an et je suis allée à la
Nouvelle Orléans pour une formation à la prison du comté. L’évaluation
fut positive et, après prière et discernement, je fus confirmée dans la
conviction qu’il y avait là un appel de Dieu. Ma provinciale était
d’accord et depuis 26 ans, je suis toujours en prison, au Département
pénitentiaire du Comté de Cook. Je travaille surtout avec les hommes,
bien que parfois aussi je sois avec les femmes.
Qui sont ces détenus ? Ce sont des gens comme vous et moi, mais
qui ont été accusés de crimes allant de conduire une auto sans permis
jusqu’au vol à main armée et au meurtre. Parfois le juge n’accorde pas
la liberté sous caution, parfois ils n’ont pas d’argent pour payer la
caution et venir au tribunal le jour désigné. Parfois ils restent des
journées, des semaines, des mois ou même des années avant que l’affaire
soit jugée. Ce sont principalement les pauvres et les minorités qui
peuplent nos prisons. Il y en qui restent là jusqu’à un an. Ceux qui
sont condamnés à plus d’un an vont dans un autre type de prison.
Il y a bien sûr des exceptions, mais la plupart des détenus se considèrent comme des personnes ayant échoué :
Leur famille les a abandonnés
Leurs amis les ont abandonnés
Ils ont eux-même abandonné.
Ils sont désespérément dans le besoin. Ils ont besoin d’entendre parler
d’un Dieu miséricordieux, qui pardonne et aime, qui ne les a pas
abandonnés. Ils ont besoin de croire en la possibilité de changer de
vie. Ils ont besoin d’espérance et d’encouragement ; ils ont
besoin de personnes qui les traitent avec respect et qui les écoutent
sans juger. Ils ont besoin de voir des personnes qui reflètent, le
moins mal possible, notre Dieu plein d’amour et de compassion.
Quelle est donc ma place dans ce contexte ? Au début je voulais
être aumônier. Dans les années 1970, le Cardinal Cody m’a dit qu’il y
avait déjà un prêtre occupant ce poste, mais qu’il serait heureux
d’avoir des sœurs et des séminaristes comme volontaires. Etant donné
que voulais un salaire, j’ai dû trouver dans mes trois prisons une
autre solution pour me faire payer. En ce moment je travaille comme
thérapeute - assistante sociale. On pourrait dire que j’exécute un
« service aux clients chez K-Mat. » Je fais tout ce que fait
un aumônier, sauf célébrer. Je fais le lien entre le monde extérieur et
les 500-600 hommes dont je suis chargée. S’il y a une urgence de
famille, ou un décès, ils m’appellent. S’ils veulent une information
sur les procédures, ils m’appellent. La communication n’est pas facile
pour les détenus, si bien que dans notre département nous essayons
d’aider le plus possible.
Chaque jour, je recueille des billets sur lesquels les détenus
demandent quand sera la prochaine session du tribunal, quel est le
montant de la caution ou la date de leur libération, ou bien pourquoi
est-on encore en prison alors que le juge a décidé la veille de vous
relâcher ? Peut-être y a-t-il un second chef d’accusation, ou bien
le service d’enregistrement a fait erreur, et je poursuis la question
jusqu’au bout. Il y a une infinité de requêtes de toutes sortes. Quand
je trouve la réponse, je vais dans le quartier des prisonniers, je
m’assieds à une table avec ceux que j’ai besoin de voir ou qui veulent
me voir ; et je m’occupe des affaires courantes. Parfois un détenu
est manifestement déprimé et je demande s’il aimerait me rencontrer.
Les détenus n’ont pas un instant d’intimité et parfois ont simplement
besoin de pouvoir parler ou pleurer en un lieu sûr. Parfois aussi, le
détenu me passe un billet pour demander à changer de cellule parce
qu’il se sent menacé là où il est. La prison est un microcosme du
comté. Malheureusement il y a des problèmes de bande, il y a de la
violence, quelquefois avec des blessés graves et même des morts
violentes. C’est pourquoi les billets parlant de menaces sont pris au
sérieux et tout de suite portés au Capitaine.
Je fais ce que je peux pour que la vie des détenus soit un peu plus
humaine. J’ai toujours une boite de bonbons sur mon bureau. J’apporte
des livres de poche et les donne à tous ceux qui en veulent. On
s’ennuie en prison. Il y a très peu à faire toute la journée, sinon de
s’asseoir dans une salle réservée à cela et regarder la télévision avec
50 ou 60 autres personnes. J’apporte aussi du matériel religieux,
demandé par beaucoup. Je prie pour eux chaque jour et avec eux s’ils le
souhaitent, et ils sont nombreux. Je trouve les détenus aimables,
respectueux et reconnaissants pour l’aide apportée. En général, il est
beaucoup plus facile de traiter avec eux qu’avec les surveillants et
les administrateurs. Ils savent que je les aime, ils apprécient et
correspondent.
Depuis le jour où j’ai commencé à aller en prison, j’ai trouvé ce
travail extrêmement satisfaisant. Je suis extrêmement reconnaissante
envers le Seigneur de m’avoir appelée à ce ministère et envers la
Société qui m’a permis de répondre à cet appel et d’avoir le privilège
de travailler avec des personnes derrière les barreaux, blessées mais
magnifiques.
Rosie Dowd rscj
Province des Etats-Unis.
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