Profil: Margot Bremer rscj, Province d’Argentina – Uruguay Version imprimable Suggérer par mail
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Un peu d'histoire

Depuis 1988 je vis en permanence à Asuncion. En 87 en pleine dictature, les jésuites m’avaient appelée au Paraguay pour un semestre pour une animation biblique auprès des  jeunes, dans  les banlieues d’Asuncion , étant donné que les biblistes du pays avaient été expulsés par la dictature. Mon avantage c’était d’être une femme, de laquelle on n’attendait rien, et qui par conséquent n’était pas dangereuse. J’ai vécu un mois chez les jésuites et ensuite avec la congrégation paraguayenne « Vie évangélique ».

En tant que Rscj, nous avons ouvert, en 88, une petite communauté « fondatrice »composée de 3 personnes, appartenant à la province du Brésil : Pilar Repullés, Odette Matos et votre servante.

Ce que j’ai découvert du Dieu de Jésus à travers le peuple du Paraguay.

Au Paraguay j’essaie autant que possible de vivre la vie du peuple avec les voisines et voisins de ma rue. En vivant ainsi, très proche des gens et de leurs problèmes, en approfondissant quotidiennement la Bible, je me pénètre de plus en plus de la conviction inébranlable que la Passion du Dieu de la Bible c’est le Peuple, son Peuple.

e suis venue ici portant en moi un grand amour de mon pays, l’Allemagne, de ma « vallée » et pourtant j’avais vécu de nombreuses années à l’étranger. Même après tant d’années je continue à souffrir de ne pas être avec mon peuple, mais je vois que ma mission maintenant est ici. Pour cela je transforme cette souffrance en amour et en service du peuple paraguayen. En vivant avec lui j’ai découvert que Dieu l’aime, pour sa manière de vivre la réciprocité qui met l’Autre au même niveau et aussi dans son impuissance à pouvoir le réaliser cette réciprocité dans un monde de concurrence, de « développement commercial et technologique » et de « progrès ».

Au cours de ces 17 années vécues au Paraguay, le Seigneur m’a découvert sa grande compassion pour les faibles et les petits de ce monde, comme au temps de l’Israël de la Bible et du Paraguay d’aujourd’hui. Les Paraguayens ont une grande capacité de relations humaines ; leur qualité humaine et leur sensibilité est semblable au très fin Nanduti que les femmes d’ici savent préparer.

Les ONG se désespèrent de ce que le paraguayen moyen n’aspire pas à grand chose, c’est pourquoi ils le considèrent tout à fait «  sous développé » ; cependant il a trouvé malgré tout un « trésor plus grand » : les relations humaines simples,  si évangéliques. Il y a aussi l’aspect contraire : certains parmi eux  aspirent impitoyablement à la richesse et au pouvoir ; ils représentent l’envers de cette qualité ; ils détruisent énormément le tissu social. Par leur faute la distribution des biens de la nation est tellement injuste ; c’est là vraie pauvreté du Paraguay. Quand la justice est corrompue, qu’aucune instance ne peut y recourir pour réclamer ses droits, quand c’est la démission totale, le peuple cherche refuge dans une image de Dieu, parfois très différente de l’image que j’en ai ; mais avec une foi admirable ils s’abandonnent à la volonté de Dieu et à  sa divine providence. Ils savent attendre dans la dignité jusqu’à ce qu’ils éclatent d’indignation. Très souvent cette attitude est prise pour du fatalisme par les étrangers ,dans un monde où l’être humain veut être le maître et l’artisan de tout le bonheur humain. Cependant les gens simples laissent encore Dieu être le plus grand ; ils savent souffrir en profondeur et en même temps  ils aiment la vie, justement parce qu’ils doivent  lutter chaque jour à nouveau pour leur survie.

Ce que me donne la vie au Paraguay

Au contact de ce peuple qui m’a révélé  Dieu sous un visage nouveau, j’ai trouvé une raison plus profonde de vivre au Paraguay. Ce peuple m’a donné un autre éclairage et un autre sens de la vie. L’accompagner sur ce chemin par la Parole de Dieu, éveiller la conscience et l’identité de la jeunesse par des cours, des ateliers, des bulletins, des articles, c’est pour moi ma mission pour aujourd’hui. Je travaille toujours en équipe, bien sûr : avec les jésuites , avec CVX, quelques ONG, la coordination de la Pastorale indigène, Conferpar, l’Institut d’Anthropologie appliquée, le CELADEC, etc. Je reconnais que je suis utopique, on me le dit gentiment et je leur réponds : il faut de l’utopie et aussi autre chose ; je me sens un point minuscule, au milieu d’un ensemble de personnes idéalistes qui cherchent et collaborent à la construction d’un Autre Paraguay. Par exemple nous formons une équipe « Projet pour le Pays » puisque le Gouvernement n’a aucun projet national ; je travaille dans le domaine de la Culture , entre autres avec le P. Melia sj. Je vois, à partir de l’Evangile et de l’expérience vécue, que si nous voulons changer quelque chose, il faut d’abord vivre modestement (« en la casa chica »). Les grands projets (« la casa grande ») viendront  s’articuler aux projets modestes. Les valeurs que nous souhaitons au Paraguay nouveau , si nous ne les vivons pas en vérité, n’existeront pas dans un « grand projet ». Il en est de même au niveau géographique : je sais que le peuple renouvelé dont nous rêvons doit se travailler intérieurement, j’y ai moi-même consacré de nombreuses années. Tout dernièrement , à cause de la fatigue des voyages, je ne l’ai pas fait et je le ressens comme une dette. Mon rêve c’est d’aller vivre à l’Intérieur de ce pays avec les gens les plus marginalisés et oubliés.
Margot Bremer

Margot Bremer rscj
Province d’Argentina – Uruguay 
Dernière mise à jour : ( 01-06-06 )
 

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