Rapports sur la Conférence DPI / ONG 2004 Version imprimable Suggérer par mail
15-09-04

Séances plénières

Mercredi 8 septembre 2004
Matin : Séance d'ouverture dans la Salle de l'Assemblée générale
Après-midi : Progrès accomplis à ce jour dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement à l'horizon de 2015

Jeudi 9 septembre 2004
Matin : Les stratégies pour surmonter les obstacles des OMD
Après-midi : Partenariats Nord/Sud : différentes responsabilités et différentes possibilités

Vendredi 10 septembre 2004
Matin : Sensibilisation des populations locales aux OMD
Après-midi : Séance publique : les participants à la Conférence expriment leur point de vue
Séance de clôture

Pendant la conférence, les séances plénières ont été diffusées en direct sur internet. On peut encore les regarder aujourd'hui sur www.undpingoconference.org (cliquez sur « Programme de la conférence », puis sur le titre de la séance plénière que vous voulez voir.)

Joan Kirby rscj, présidente de la Conférence (UN/DPI Photo)
Mrs. Kofi Annan et Joan Kirby rscj (UN/DPI photo)
Panel sur l'éducation des filles : Edith Asibey, Cyril Mooney IBVM, Ann Scholz SSND, Hon. Jean Augustine (UN/DPI photo)
Assises: Cyril Mooney IBVM, Evanne Hunter IBVM, Cecile Meijer rscj, Noelle Corscadden IBVM; Debout: Bernie Porter rscj, Mari Clemen Benítez rscj, Frances McCarron IBVM, Donna Collins rscj

Réflexions de Mari Clemen Benitez, rscj

Oui, notre présence à l'ONU est importante

Du 2 au 12 septembre, j'ai pu être une des rscj qui ont participé à la Conférence annuelle DPI/ONG. Plutôt que de parler d'un thème spécifique, j'aimerais répondre à une question que plusieurs personnes m'ont posée quand elles ont su que j'allais à cette conférence. Est-ce que cela vaut la peine que la Société du Sacré-Cœur ait un Bureau ONG auprès des Nations Unies ? Moi-même je m'étais posé la question.

Il était vraiment impressionnant de se trouver dans cette grande salle de conférences des Nations Unies avec quelques 2000 représentants d'ONG variées venus du monde entier. Il y avait des personnes de toute race, religion et culture, mais quelque chose de très profond nous unissait tous.

o Ce qui nous unissait, c'était la douleur profonde devant les inégalités socio-économiques de notre monde et le sentiment que tous, d'une manière ou d'une autre, nous étions responsables de cette inégalité. Donc nous avions aussi la responsabilité de faire quelque chose pour que ça change.
o Ce qui nous unissait, c'était aussi la conviction que seule, aucune organisation n'est capable de changer la réalité injuste du monde. Nous avions tous la certitude d'avoir besoin les uns des autres, qu'il fallait unir nos forces et créer des alliances.
o Bref, ce qui nous unissait, c'était de savoir que nous devions user de notre influence pour que ce monde injuste se transforme. Et que pour la plupart d'entre nous, cela commençait par des petites choses, des choses de tous les jours, qui néanmoins ont de grandes répercussions.

Avoir passé quelques jours avec des gens si différents les uns des autres, mais tous voués à une cause unique : prendre davantage conscience de la nécessité d'apporter notre grand de sable pour que les Objectifs du Millénaire pour le Développement deviennent une réalité, cela a été pour moi une vraie expérience du Royaume. Je suis convaincue maintenant que c'est une grâce pour les RSCJ et les IBVM que Cecile et Evanne soient en quelque sorte présentes aux Nations Unies à travers ce qu'elles font au Bureau ONG. Cela leur permet d'être en communication constante avec tant d'autres personnes qui travaillent comme nous à ce que Justice et Paix prennent chair. Cela peut nous ouvrir de nouveaux horizons et nous rendre toujours plus conscientes des appels de l'Esprit autour de nous. Chacune a la responsabilité de s'ouvrir à cette nouvelle manière de travailler avec d'autres pour que le Royaume de paix, de justice et d'amour devienne réalité pour tous.

Réflexions de Frances McCarron, IBVM

L'expérience tout entière était impressionnante et certainement éclairante. Mais ce qui m'a le plus inspiré, ce fut la passion, le dévouement et la ténacité des femmes qui étaient là, aussi bien dans la salle que sur le podium. J'ai été particulièrement encouragée par les femmes des pays en développement. Beaucoup de femmes remarquables ont parlé au nom de pays et d'organismes qui jouissent de la sécurité économique et utilisent leur influence pour soutenir et éduquer les moins favorisés.

L'objectif du millénaire pour le développement n°2 est « d'assurer l'éducation primaire pour tous ». L'atelier interactif organisé par l'Institut de la Bienheureuse Vierge Marie, la Société du Sacré-Cœur, les Sœurs de Notre Dame pour les Ecoles et Mercy International Association a traité ce thème. La discussion était menée par quatre femmes et suivie par environ 80 femmes et 3 hommes. Détail révélateur ! Sr Cyril Mooney, IBVM, a présenté les fruits de son travail dans l'externat des Sœurs de Lorette à Sealdah, Calcutta et dans d'autres écoles en Inde. Les enfants des rues et des bidonvilles reçoivent leur éducation dans des écoles où il y a des enfants de familles qui paient une scolarité. Les grands apprennent aux petits. Les enfants attirent d'autres enfants que leurs familles répugnent à envoyer à l'école.

Au début de septembre, le Bureau ONG de New York a eu beaucoup à faire avec les derniers préparatifs pour accueillir le premier groupe de religieuses de divers pays venant assister à la Conférence annuelle DPI/ONG aux Nations Unies, du 8 au 10 septembre. Les sœurs Cyril Mooney (Inde), Noelle Corscadden (Irlande) et Frances McCarron (USA) pour les IBVM et Mari Clemen Benitez (Porto Rico), Bernadette Porter (Angleterre/Pays de Galles) et Donna Collins (Commission Sophia) pour les RSCJ, ont passé une semaine à New York, avec deux jours d'initiation avant la conférence, puis un premier échange de vues et une réflexion tout de suite après.

Le thème de la Conférence cette année était : « Les Objectifs du Millénaire pour le Développement : la société civile passe à l'action», et Joan Kirby, rscj, était la présidente pour l'ensemble de la Conférence. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sont huit grandes priorités, centrées sur l'être humain, que les pays membres des Nations Unies ont adoptées lors du Sommet du Millénaire en septembre 2000, s'engageant à les mettre en œuvre d'ici 2015. Ce faisant, la communauté internationale a promis de prendre au sérieux bon nombre des problèmes cruciaux qui affligent notre monde aujourd'hui : elle a promis de réduire de moitié d'ici 2015 l'extrême pauvreté et la faim, d'assurer l'éducation primaire pour tous, promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, de réduire la mortalité infantile, d'améliorer la santé maternelle, de combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres grandes maladies, d'assurer un environnement durable, en particulier l'approvisionnement en eau potable, et à mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

La Conférence elle-même a marqué un tournant décisif dans l'information et le partage. Au cours des séances plénières et des ateliers de la mi-journée, des orateurs de toutes les parties de la planète ont parlé des progrès accomplis à ce jour dans la réalisation de ces objectifs, des pratiques qui donnent de bons résultats, des leçons apprises et des obstacles rencontrés, et de ce qu'il faudrait faire maintenant. Ce ne fut pas simplement « une conférence de plus », qu'on oublie une fois terminée. Non, cette Conférence était un début, car il reste énormément à faire si nous voulons atteindre les OMD d'ici l'an 2015. A maintes et maintes reprises, l'on a souligné le rôle crucial que la société civile et les ONG ont à jouer pour leur bonne mise en œuvre: action auprès des gouvernements, contacts directs avec les parlementaires, travail ensemble en tant qu'ONG, mobilisation des gens sur le terrain autour de nous.

Alors que les Objectifs du Millénaire pour le Développement 1 à 7 touchent directement les pays en développement, l'objectif 8 (mettre en place un partenariat mondial pour le développement) est particulièrement important pour les pays riches. Cet objectif traite entre autres choses du problème de la dette, du commerce équitable, des stratégies pour réduire la pauvreté et d'une aide au développement plus généreuse. Il donne aux pays en développement les moyens pour atteindre les 7 autres objectifs. Alors informons-nous au sujet de ces OMD, parlons-en sur nos lieux de travail, dans nos écoles et nos paroisses, faisons-les connaître. Défendons-les avec d'autres groupes et soutenons-les, en particulier l'objectif 8, associons-nous, le cas échéant, aux campagnes lancées dans nos pays, puisque nous sommes des femmes de compassion, de communion et de réconciliation. Pour reprendre les paroles de Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies, « ce ne sont pas les Nations Unies ou les responsables de l'organisation qui peuvent mettre en œuvre ces objectifs. Ce sont les gouvernements et les personnes des Etats-membres qui le feront par leurs efforts.»

Cecile Meijer, rscj


Rapport de l'atelier interactif de la mi-journée, appuyé par les RSCJ, IBVM, SSND et Merci International Association : L'éducation des filles : La clé pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.

Ann Scholz, SSND, la modératrice du panel, a rappelé aux participants que l'éducation des filles est un instrument pour améliorer l'économie et la santé et lutter contre les maladies. Les filles qui ont été à l'école sont moins sujettes aux abus, elles sont la clé pour le bien être familial et il y a plus de chance qu'elles participent à des processus démocratiques.

Le premier orateur, Madame Jean Augustine, originaire de l'île de Grenade et député au Parlement canadien, a été Ministre d'Etat pour le multiculturalisme et la condition féminine. Elle nous a rappelé comment les préjugés sont inscrits ou peuvent être inscrits dans les structures, dans le programme scolaire et au-delà des murs de l'école. Elle a parlé de la complexité des obstacles à la scolarisation des filles, en particulier dans les pays en développement. Elle a indiqué les grandes priorités que l'Agence canadienne de développement international a fixées pour l'aide directe extérieure qui inclut des projets touchant l'éducation des filles et l'égalité des sexes.

Puis Sœur Cyril Mooney, IBVM, a montré comment la foi de Mary Ward dans les possibilités des femmes imprégnait le programme dans des écoles telles que Sealdah, à Calcutta, dont elle est directrice. La moitié des filles seulement paient une scolarité. Les grandes de l'école primaire (10 ans) reçoivent une formation et ont du temps réservé dans les horaires pour instruire les enfants des rues et des bidonvilles qui viennent à l'école quand elles veulent ou peuvent. En collaboration avec d'autres ONG et les autorités scolaires de Calcutta, l'éducation primaire est offerte à des filles qui autrement n'y auraient pas accès.

Edith Asibey, V.P., responsable des programmes de NetAid, a parlé de ce que fait cette organisation pour sensibiliser à des projets concrets dans les pays en développement, plaider en leur faveur et recueillir des fonds. Ayant choisi de soutenir l'objectif de l'éducation primaire pour tous, NetAid dispose à son niveau central d'un programme internet où s'engagent les jeunes des pays riches et pauvres (World School House Program).

Les questions et commentaires exprimés lors du débat qui a suivi ont porté sur la construction de ponts entre les gouvernement, le public et les ONG afin de promouvoir l'éducation des filles du monde entier et de faire avancer tous les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Bernadette Porter, rscj


Réflexions de Noelle Corscadden, IBVM
La participation à la 57e Conférence annuelle DPI/ONG a été une expérience merveilleuse. La couleur et la vie qui émanaient de ce rassemblement d'ONG du monde entier témoignaient du bien qui existe sur cette terre et de notre recherche commune d'un monde meilleur. Etre là avec plus de 2000 personnes de bonne volonté, cela donnait du courage. Le climat d'union et de camaraderie était palpable et cela faisait du bien au cœur ! Ce n'est pas souvent qu'on a l'occasion de participer à ce genre d'assemblée.

Ces délégués d'ONG aux buts, objectifs et préoccupations de toutes sortes, issus de cultures diverses, s'étaient rassemblés pour faire le point sur l'engagement qu'ils avaient pris de poursuivre les Objectifs du Millénaire. Qu'avons-nous fait ? Qu'est-ce qui reste à faire pour atteindre ces objectifs ? Y arriverons-nous d'ici 2015 ?

Pour moi, c'était déjà stimulant de participer à cette conférence, mais j'ai reçu une confirmation et un nouvel élan pour la poursuite des OMD grâce au dynamisme à et l'enthousiasme des orateurs et des participants.

Réflexions de Donna Collins, rscj

A la fin de la Conférence DPI/ONG, la question suivante a été posée aux deux mille participants provenant de centaines d'organisations non gouvernementales (ONG) du monde entier. Croyons-nous qu'il est possible d'éliminer la pauvreté et la faim d'ici 2015 ? Comme la plupart, j'ai levé la main parce que je crois que oui. Il est clair que pour la première fois dans l'histoire nous avons la possibilité d'accomplir cette tâche apparemment impossible. Nous avons les ressources et la technologie, mais le voulons-nous ? Relèverons-nous le défi collectivement ?

Pour que ce programme urgent puisse avancer, la première chose à faire, c'est de prendre conscience qu'il existe un programme. Il y va de la responsabilité de chacun d'entre nous de se familiariser avec les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) et de demander aux gouvernements de tenir les engagements qu'ils ont pris pour les atteindre. Ensuite, nous avons à réaffirmer une fois de plus notre conviction personnelle que nos petits efforts vont faire quelque chose. Il est trop facile de dire que ces questions sont extrêmement complexes, que les situations sont écrasantes et que j'ai beau faire : rien ne changera.

Au cours de cette Conférence, j'ai senti avec plus d'acuité la grandeur des défis et le potentiel énorme des Nations Unies. Je suis repartie aussi avec la conviction que la société civile doit s'engager si nous voulons que les OMD se réalisent.



"La promesse de pain pour demain n'est pas une aide pas ceux qui ont faim aujourd'hui."
Sir Emyer Jones Parry, Ambassadeur et Représentant permanent du Royaume Uni aux Nations Unies

Si l'on ne met pas tout en œuvre pour atteindre les Objectifs, ce sera un désastre pour l'ensemble de la communauté humaine. Tour à tour, chacun des orateurs a fait le lien entre développement durable et sécurité mondiale, montrant les multiples répercussions de l'élimination de la pauvreté : ce sera peut-être le meilleur moyen d'arriver à la paix et à la sécurité dans le monde entier.

Les OMD ne pourront être atteints que par l'effort concerté de toutes les nations. Les pays développés doivent honorer leurs promesses. Tous les pays, les « moins développés » comme ceux « en développement », doivent travailler à éliminer la corruption, si bien que ce qu'ils feront profitera à tous ceux qu'ils sont supposés servir plutôt qu'à quelques-uns seulement. Il est clair que les pays riches doivent doubler leur niveau actuel d'aide au développement, débloquer les fonds, libéraliser le commerce mondial, offrir une assistance technique pour renforcer la capacité de développement des pays plus pauvres. Jeffrey Sachs, Conseiller spécial du Secrétaire général sur les OMD dit « qu'il n'y a rien de sorcier dans ce que nous avons à faire : nous savons ce que nous avons à faire, alors faisons-le ! » En tant que IBVM et RSCJ, nous pouvons faire beaucoup pour la promotion et la réalisation des OMD.

Les RSCJ et les IBVM vivent et travaillent dans quelques des pays les plus riches du monde et les plus pauvres. Nous plaidons et nous faisons du lobby pour obtenir la justice et le respect des droits de l'homme ; nous apprenons aux autres la responsabilité sociale ; nous obtenons de l'argent pour soutenir des projets qui améliorent la qualité de la vie et contribuent au développement durable dans les régions pauvres du monde ; nous sommes profondément engagés aux côtés de certains des plus pauvres parmi les pauvres. Nous travaillons pour que le monde soit plus habitable pour tous. Nous ne disons pas nécessairement que nous « travaillons à mettre en œuvre les OMD ». Mais les OMD, ces huit promesses que les Chefs d'Etat rassemblés pour le Sommet du Millénaire se sont engagés à respecter d'ici 2015 sont un instrument que nous pouvons utiliser pour accomplir notre mission. Notre accréditation comme ONG auprès des Nations Unies nous situe dans une relation nouvelle avec l'organisation et nous avons à travailler pour promouvoir ses lignes d'action et ses programmes.

Voici quelques unes des stratégies concrètes que Cecile et moi, nous avons souvent entendues mentionner cette année aux Nations Unies. Pour promouvoir les OMD, il faut nous assurer que ceux avec qui nous vivons et travaillons savent que leur gouvernement, où qu'ils se trouvent, s'est engagé envers ces OMD. Demandons à « notre » gouvernement, riche ou pauvre, qu'est-ce qu'il a fait depuis cinq ans pour les atteindre, et quels sont ses plans pour avancer dans les dix ans qui restent d'ici 2015. Demandons aux gouvernements riches comment les OMD figurent dans leurs politiques d'aide extérieure, de commerce et d'investissement ; là où ils arrivent à 0,7% du produit national brut (PNB) pour l'Aide Publique au Développement (APD), ce qu'ils font pour l'allègement de la dette aux pays en développement, ou sa transformation en financement du développement durable dans les pays pauvres ; ce qu'ils font pour développer les capacités et répondre aux besoins particuliers des pays pauvres. Demandons aux gouvernements des pays pauvres comment les OMD figurent dans leurs stratégies de développement ; ce qu'ils font pour que leurs politiques nationales reflètent le principe de la démocratie, la participation, la transparence, le rendre compte et l'inclusion qui sont sous-jacents aux OMD ; ce qui a été fait depuis l'an 2000 et les plans établis pour arriver à 2015.

Une fois que nous aurons fait entendre ces préoccupations, nous pourrons nous mobiliser et battre le rappel pour attirer l'attention de nos gouvernements et du monde des affaires, et leur dire que nous avons la conviction que la paix et la sécurité du monde entier dépendent du degré de sécurité humaine et de dignité accordée à chacune des personnes sur cette terre. Sinon, le monde en paiera le prix. Comme Paloma Villaseñor, du Mexique, le disait dans sa conférence, « nous ne pourrons pas nous reposer tant qu'il restera une personne humaine qui ne sera pas sortie de la pauvreté avec dignité. »

Evanne Hunter, IBVM