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La vie est don et mouvement, une merveilleuse occasion qui nous est
offerte de mette en œuvre l’énergie qui nous habite, imprégnée du
mystère de Dieu ; Dieu qui en est la source et le terme, l’Alpha et
l’Oméga.
Cette certitude s’est forgée en moi peu à peu, tout au long de mes
presque cinquante années de vie. Les rencontres et les ruptures, les
recherches, les crises les réussites et les échecs, les joies et les
peines, les amours et les indifférences que j’ai vécues ont accompagné
mon chemin de femme, de fille et de sœur, de religieuse et de
théologienne. Un chemin toujours partagé, peuplé de présences qui ont
un nom, un visage et qui font naître mes sentiments et mes
décisions. J’appartiens à plusieurs familles, que je remercie et que j’honore.
Elles connaissent le meilleur de moi-même, qu’elles ont contribué à
développer. Elles savent aussi mes limites, mes faiblesses et mes
fragilités ; leur capacité de pardon est pour moi la certitude que
toujours, toujours il est possible de changer et de grandir. La
conversion du cœur et la transformation des mentalités est une réalité
qui nous constitue. De cette manière seulement l’évangile est
crédible, dans notre histoire et notre humanité.
Dans ma propre famille nous sommes treize. Cinq filles , six garçons,
papa et maman encore en vie , c’est une bénédiction! J’ai grandi au
milieu d’eux, j’ai appris à vivre avec des personnalités très diverses
par l’âge, le tempérament, les histoires et les contextes de chacun.
Nous nous retrouvons souvent , nous échangeons en partageant le repas.
Bientôt nous serons cinquante car nous attendons le premier
petit-neveu. C’est une expérience qui me fait percevoir Dieu–Communion
en continu.
Il y a maintenant 28 ans que je fais partie de la famille du Sacré Cœur
qui comprend la petite Société et la grande famille de ceux qui
partagent notre spiritualité. C’est là que j’ai appris et que je
continue d’apprendre, la vie fraternelle. Avoir tant de sœurs, c’est un
cadeau énorme ; c’est en même temps un grand défi parce que vivre avec
des sœurs , cela ne se fait pas comme par enchantement. Bien sûr il y a
des amitiés profondes qui naissent spontanément, il y a aussi des
relations quotidiennes qui se construisent enracinées dans le désir de
communion et qui s’accompagnent parfois d’une certaine dose d’effort
que l’on assume dans la foi.
Parce que j’appartiens à cette grande famille, des portes se sont
ouvertes pour moi sur des horizons, des expériences et des options
qu’il m’aurait été difficile de connaître autrement. Une expérience
décisive et fondamentale est celle de la rencontre affective et
effective avec le monde des pauvres, à Santa Cecilia, quartier
populaire aux abords d’une grande ville. Mes choix actuels sont marqués
par le souvenir de Chita et de François, de Luis et de Malù, de Tere et
de Memo, de Juanita et de Javier et de tant et tant d’autres qui
aspirent à une vie digne, à un monde qui leur offre des possibilités de
travail, une terre où puisse régner la justice miséricordieuse de Dieu.
Ma rencontre de personnes subissant les conséquences d’un système
structurellement injuste a marqué ma découverte du Jésus de l’Histoire
et de son projet de règne de Dieu sur l’humanité.
Ma famille de sang et ma famille religieuse m’ont prise par la main
pour m’introduire dans ma famille ecclésiale : notre Eglise catholique,
sainte et pécheresse, pleine de vitalité dans les petites communautés
chrétiennes et pleine aussi de contradictions dans son organisation et
ses structures qui excluent les femmes et d’autres groupes minoritaires. Ses discours,
chargés d’évangile certes, ne sont pas toujours accompagnés d’actes et
d’attitudes qui soient réellement une bonne nouvelle.
J’ai pris conscience de mon être de femme dans ma famille ecclésiale,
que j’aime parce qu’elle a été le lieu de croissance de ma foi. Dans
les rapports et le travail avec des femmes différentes par l’âge et le
style de vie, la culture et les croyances, j’ai découvert que je
suis passionnée par la recherche de l’équité, qui découle, j’en suis
sûre, du don que Dieu nous fait de son Amour. Mes recherches
théologiques, les cours que j’accompagne et mon service actuel au
Centre d’Etudes théologiques de la Conférence des Religieuses et
Religieux du Mexique, viennent tout à fait dans la ligne de cette
conviction.
C’est également au sein de ma famille ecclésiale qu’a grandi mon
affection spéciale pour la vie religieuse, particulièrement pour la vie
religieuse féminine. Je connais des joies et des souffrances de tant de
sœurs qui m’ont enrichie de leur partage quand j’accompagnais leur
discernement ou leurs exercices spirituels. Pour les avoir rencontrées
je suis de plus en plus persuadée que nous vivons une époque fascinante
car nous pouvons participer activement à la construction d’une ère
nouvelle, plus imprégnée de l’Evangile et de l’Esprit.
En définitive, en tant que membre de la grande famille humaine,
j’ai peu à peu modifié mes images de Dieu, celles que j’avais
héritées de mes divers contextes familiaux. Dans ce cheminement, qui ne
se fait pas sans douleur, Marie de Nazareth m’a été très présente, elle
a été ma compagne intime de mon chemin humain et de mon chemin de foi.
Toutes mes familles ont posé sur moi leur empreinte ineffaçable
sur mon identité. Je suis mexicaine d’origine et de cœur. J’aime
ma terre et son peuple ; je remercie Dieu de nous avoir donné Marie de
Guadalupe et avec elle je cherche à Le rencontrer dans nos systèmes
d’exclusion, de violence et d’oppression.
Mon appartenance à la famille du Sacré Cœur m’a intimement liée à
Jésus, à son Cœur blessé par la violence, et je reste fortement
convaincue que, tant que le monde restera blessé par l’injustice, notre
spiritualité a un sens et s’ouvre pleinement aux clameurs de nos
peuples.
J’ai fait l’option de rester dans la grande famille qui,
structurellement parlant, souffre des conséquences du péché ; cela me
stimule et mobilise mes énergies pour travailler en faveur de toute vie
menacée. La théologie latino américaine, qui est née chez nous, a
été source et nourriture dans ma recherche de Dieu, dans ma suite de
Jésus et mon désir de vivre en fidélité à l’Esprit.
Mon identité chrétienne et ecclésiale m’oblige à être tenace dans mon
désir d’aller de l’avant dans cette ligne, au jour le jour, par de
petits gestes qui anticipent la vie réconciliée dans la plénitude
de la communion. La théologie féministe m’encourage et me pousse à
œuvrer pour la justice.
J’aime ma vie religieuse, à laquelle je m’identifie par une option
libre et lucide, et je reste convaincue que vivre ce style de vie peut
me combler pleinement.
En définitive mon appartenance à la grande famille humaine me met dans
l’action de grâce quand je réalise qu’un autre monde est possible
si nous développons le meilleur de l’humain qui nous habite.
Georgina Zubiría Maqueo rscj - Espace de la Creation - avril 2006
Georgina Zubiria Maqueo rscj
Province du Mexique - Nicaragua
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