| | Des femmes pour la défense de la paix au Karamoja
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| Depuis deux ans je travaille avec un groupe interreligieux dont les leaders ont pour objectif de mener à bien des actions en faveur de la paix. Au début une religieuse Combonienne et moi nous avons créé un groupe d’une dizaine de femmes de chaque paroisse, dans notre région de Matheniko et Bokora, deux groupes ethniques de Karamoja qui traditionnellement se battent entre eux. Au début il ne fut pas évident pour ces femmes de se réunir pour réfléchir sur la paix; il fallait aussi persuader leurs maris et leurs fils d’arrêter les captures de vaches. Les premières heures de nos rencontres se passaient dans une ambiance d’hostilité. Comme nous nous réunissions à tour de rôle dans différents villages, la préparation étant assurée par les villages qui recevaient, les murs de l’hostilité sont tombés peu à peu et nous sommes arrivés à avoir des réunions cordiales, dans un climat de vieille amitié retrouvée. Tout dernièrement le groupe des Leaders appelé Monarlip (Moroto Nakapiripirit Leaders Ininiative for Peace – Les leaders de Moroto et de Nakapiripirit en faveur de la paix) a reçu l’approbation de ses statuts. Dans ce groupe, le président est un pasteur protestant, le Khadi principal des musulmans de la zone est vice-président, le secrétaire est un pasteur pentecôtiste, et un prêtre catholique est trésorier. Quatre femmes font également partie de ces mêmes groupes. Je représente les femmes de l’Eglise catholique. Les réunions de direction ne sont pas toujours tout en douceur. La différence de théologie est très frappante. Nous l’acceptons et nous continuons, nous appuyant sur ce qui nous unit et non sur ce qui nous divise. Le fait qu’un groupe puisse ainsi collaborer et le fasse avec enthousiasme, c’est déjà un témoignage de paix et d’harmonie. La peur de l’Al-Quaida n’arrive pas jusqu’à nous. Ces musulmans sont des gens simples sans aucun préjugé venu de l’extérieur. Avant d’être reconnus par le Gouvernement à titre d’ONG, nous avions déjà beaucoup travaillé ensemble. Notre objectif est de transformer l’hostilité et la violence en un climat de paix. Dans ce but nous avons réalisé plusieurs campagnes, dans les deux districts de Moroto et de Nakapiripirit. Nous circulions d’un lieu à l’autre par groupes de deux ou trois. Comme matériel pédagogique nous avons des tableaux présentant les causes de la violence à éradiquer. Nous proposons des sessions de formation, par groupes, aux différentes générations, femmes et hommes. De plus nous proposons un cours pour cinquante « Maîtres de Paix ». Nous choisissons pour cela dix Imams musulmans, hommes et femmes, autant de maîtres dans l’Eglise anglicane et dix autres chez les pentecôtistes. Nous y participons également en tant que membres du gouvernement de Monarlip, ainsi que quelques volontaires, mais nous ne dépassons pas le nombre de cinquante. Le premier jour c’était un spectacle impressionnant de nous voir tous avec les compagnons qui nous avaient été assignés. Ce fut un travail ardu, pendant trois semaines intensives, où nous allions de village en village et nous partagions avec les gens ce que nous avions préparé. Pendant ces jours de formation, les femmes des différents groupes composaient des chants en rapport avec les images présentées. Très rapidement les gens se joignaient à nous et reprenaient en chœur la morale de l’histoire. Avec de telles méthodes, je me disais parfois que nous étions retournés au temps des jongleurs. Il est vrai que dans ce contexte d’une telle simplicité, c’était parfaitement acceptable. En ce moment nous préparons, avec le groupe des femmes, un programme de radio. On nous a demandé d’utiliser des chants et le théâtre (même sans utiliser la TV. Cela viendra peut-être plus tard). La semaine dernière tous les groupes se sont trouvés réunis pour la première fois. Cela se passait ici, à Naoi. C’était une consolation pour nous de voir ces femmes échanger entre elles, sans crainte ni préjugé. Les musulmanes avec leur voile et une perle dans le nez, rejointes par les anglicanes vêtues d’une sorte d’uniforme en toile africaine. Les nôtres, des femmes de la campagne pleines de sagesse et d’obstination. Nous mettons en commun ce que chaque groupe apporte à notre réflexion sur la paix, ainsi nous progressons beaucoup. Nous aurons une seconde session plus tard. Dans ces rencontres nous pouvons exprimer combien nous trouvons dépassés les rites des femmes qui envoient l’homme à la guerre, par exemple, ou encore : la jubilation quand ils rapportent le butin. Nous mettons tout cela en scène, sous forme de chants. Dans un de ces chants il était dit qu’un groupe de femmes a beaucoup plus d’influence qu’une femme seule. Avec un tel programme nous cherchons à sensibiliser tout le monde aux causes de la violence qui est partie intégrante de la vie au Karamoja. Un exemple frappant de cette société polygame : un père épouse différentes femmes et prend en dote les vaches de la famille, pendant que son fils doit attendre jusqu’à ce que le père ne puisse plus contracter un nouveau mariage. Le fils en ressent une telle frustration qu’il en vient parfois à tuer son père pour prendre les vaches comme dote de son propre mariage. Pendant le cours on montre quatre dessins représentant des scènes de la vie au Karamoja, on explique les dessins et on en discute. A chaque personne (non seulement aux cinquante professeurs qui ont terminé le cours, mais aussi aux gens de base du groupe de formation) on remet un dossier comportant quatre dessins, qu’ils pourront montrer pour faire passer le message en rentrant chez eux. Au cours des nombreux périples que j’ai effectués, à pied ou en voiture, avec ces « compagnons de la paix », nous avons rencontré des anciens, hommes et femmes, le livre sous le bras, qui allaient en enseigner d’autres. Un exemple délicieux est celui de ces deux grand-mères, analphabètes, assises au milieu d’un groupe d’hommes sous leur arbre. Elles avaient leur album de dessins, et elles « instruisaient »les hommes : il n’y a pas de doute : le changement arrive au Karamoja ! Quelques années auparavant, jamais les femmes ne se seraient approchées des hommes assis sous leur arbre, car c’est l’endroit où ils se réunissent pour organiser les razzias. Ces femmes enseignaient aux hommes à éviter la violence et à devenir des instruments de paix. Un autre part de mon travail est d’apprendre aux femmes leaders à la campagne comment répercuter aux autres femmes ce qu’elles ont acquis dans leur formation. Dès qu’elles finiront leurs travaux des champs elles vont commencer à enseigner dans les villages. Moi-même je leur rends visite chez elles et sur leurs lieux de travail. Il n’y a pas de doute, nous avons mis en route un processus qui est très lent mais nous sommes convaincues qu’avec un tison, peu à peu la mentalité se changera en une culture de paix. Que notre Dieu, celui de tous les credos, entende notre prière pour la conversion des cœurs, pour que notre monde de violence se transforme peu à peu en un royaume de paix. Paulina L?pez Ridruejo rscj Province d’Ouganda - Kenya |