?ducation: un Engagement, dix-sept ans après En 1988 nous pensions que notre grand défi était de « nous maintenir dans l´effort de laisser le monde dicter notre agenda et, si nous étions alertes, nous serions capables d'entendre Dieu qui nous parte» (Commission Internationale d'?ducation, CIE, ?ducation: Un Engagement. Rome, avril 1988, p. 20). Seulement dix-sept ans se sont écoulés mais le monde a changé son agenda et Dieu a créé de nouveaux moyens pour communiquer avec nous, pour nous rappeler notre mission d'être le sel de la terre et la lumière du monde, en disant Son Amour pour l'humanité et pour le monde qui l'abrite. Pourquoi avoir choisi le document de la CIE comme référence pour un nouveau lancement de ce que nous appelons « notre service éducateur » ? Parce que pour moi, consciente de mes possibles préférences, il constitue un point d'inflexion dans la manière de matérialiser notre écoute. Pour la première fois l’éducation a été motif de réflexion de la part d’un nombre important de rscj et de laïques, organisés en communautés et orientés par les Comités d’éducation de chaque province (CEP). Rien qu’à travers le CEP, plus de 200 personnes ont participé tout au long du processus. La Commission Internationale a lancé le travail, en a rassemblé et organisé les premiers résultats qui ont été répercutés dans les provinces lors d’importantes réunions régionales ; elle a recueilli les nouveaux apports et les a intégrés dans un document de travail afin que nous puisions toutes continuer la réflexion. Ce document a été aussi un apport important pour le Chapitre général de cette année-là. Précédemment, nous avions nos Plans d’études, élaborés par des groupes d’experts, de caractère normatif. En 1978, nous avions eu une commission internationale d’éducation, qui avait systématisé, en quinze jours, un travail demandé par une autre commission, et qu’elle avait présenté à une Assemblé de provinciales. Cette Assemblé avait produit le document « Education pour la justice à partir de la foi ». C’était un antécédent important, mais je crois que le point d’inflexion a été en 1988. Là, nous avons vécu que le sort de l’éducation du Sacré-Cœur est entre les mains de chacune d’entre nous ». Qu’est-ce qui a changé ces dix-sept dernières années ? Entrons un peu dans le détail de nos souvenirs. Le mur de Berlin est tombé. Les deux Allemagnes se sont réunifiées, l’URSS a explosé, le pacte de Varsovie et l’apartheid ont disparu. La Yougoslavie s’est fractionnée dans la violence, la Tchécoslovaquie s’est divisé. Il y a eu les deux guerres du Golfe, le Rwanda et le Burundi, l’invasion de l’Afghanistan. Hong Kong a été rétrocédé à la Chine et Panama a retrouvé son Canal. Le système politique bipolaire a disparu, de grands blocs économiques et politiques se sont formés, I'ONU a augmenté sa présence pour le contrôle de plus d'une dizaine de conflits. Les états nationaux se subordonnent de plus en plus aux décisions étrangères, un nouvel empire qui passe outre I'ONU grandit... Les problèmes sociaux se mondialisent, le SIDA est en expansion, les écarts de tout type s'élargissent. Le trafic de drogues et le terrorisme s'internationalisent... Paulo Freire, la Mère Teresa et Julius Nyerere sont décédés... Une partie des pauvres de la planète et leurs amis s'organisent, ils croient qu'un autre monde est possible et se consacrent à le préparer dans d'importants Forums Sociaux Mondiaux. Il y a eu aussi des changements d’un autre type. La connaissance se multiplie, la science éclate en milliers de produits, l’informatique arrive à faire communiquer des portions de plus en plus nombreuses de la population mondiale. La postmodernité remet en question les connaissances acquises et en récupère des parties oubliées, tout en les fragmentant. La tendance « holistique » essaie de les reconstruire tout en intégrant l’apport postmoderne. Le monde et la connaissance se complexifient de jour en jour et changent de plus en plus vite. Un nombre grandissant de penseurs réclame le développement d’une pensée complexe capable de rassembler le plus grand nombre d’humains tandis que des millions d’illettrés nous interpellent aux quatre coins du monde. Ne croyons-nous pas que ce gigantesque raz-de-marée historique et planétaire est-en train de changer notre programme de 1988 ? Il est vrai qu’il y a bien longtemps qu’il se préparait, mais ces dix-sept dernières années, nous l’avons vu se déclencher sous nos yeux. Bill Gates réclame une restructuration de l’enseignement secondaire aux Etats-Unis, qu’il juge périmé puisqu’il date de 50 ans. Matsuura, en septembre dernier, a soumis au débat d’experts l’apparition de nouvelles ignorances et la nécessité de nouvelles alphabétisations. Il signalait l’ignorance de la diversité, l’ignorance d’autrui, l’ignorance du futur, l’ignorance de l’éthique. Elena Martin nous apporte des données intéressantes concernant les nouveaux indicateurs établis par l’OCDE en 2001 pour mesurer le niveau d’éducation. Les enfants dont la mère n’avait pas terminé le second cycle secondaire ont obtenu 44 points de moins en capacité de lecture que ceux dont la mère avait fait ces études. Dans d’autres rubriques du rendement scolaire, chaque année supplémentaire d’éducation pour les parents se traduit en 4,7 points de plus pour les enfants (Cf Elena Martin. L’évaluation des apprentissages : complémentarité de l’évaluation interne et externe. Université autonome de Madrid). Dans cette même période s'est élargie la prise de conscience que I'éducation n'est pas un processus isolé, qu'elle ne fonctionne pas ou qu'elle fonctionne mal si l'on ne s'occupe pas de l'alimentation, de la santé, de l'habillement, du logement, du travail, de la défense, du développement. En beaucoup de pays le nombre de communes devenues des villes qui s’auto éduquent augmente La Finlande semble avoir le plus grand nombre de ces villes et a eu le meilleur résultat aux épreuves PISA (tests de l’OCDE) de compréhension de lecture. L'étape suivante serait d'avoir un pays qui s'autoéduque a travers ses communes et finalement, une société d'hommes s'autoéduquant a l'échelle planétaire. Dans ce contexte, nous, les éducateurs, constituerions le groupe de professionnels facilitateur des apprentissages de tous, même des nôtres, médiateur entre les populations et la culture, dans sa riche et splendide diversité. Avons-nous conscience d’appartenir à ce collectif qui nous demande de nous construire parfaitement en communauté, en communautés fraternelles, car nous sommes tous enfants d’un même Père ? Nous avons donc entre les mains l’ébauche d’un nouvel agenda provisoire pour le discuter entre nous et avec les autres : recueillir et systématiser les expériences que nous faisons et qui font déjà partie du nouveau. Entrer en communion entre nous et avec les autres, être à l’écoute des nouveaux appels. Revoir nos œuvres éducatives dans leur totalité pour prendre conscience de ce que nous offrons à nos élèves à travers nos établissements et nos programmes : quelle histoire, quelle géographie, quelles mathématiques, quelle musique ? Quel est le climat qui se dégage de la classe, de l’établissement, des programmes ? quel type d’administration et de gestion doit être mis au service de cet agenda ? Quant aux canaux d’écoute, je crois que la congrégation a ouvert les portes : les réseaux, les rencontres sur l’éducation formelle et informelle, au niveau général et dans les régions, le site internet qui nous permet de communiquer entre nous, la commission Sophia et l’ONG. La construction du futur est vraiment entre les mains de chacune d’entre nous dans la mesure où nous assumons cette responsabilité en communion. Comment ce raz-de-marée historique a-t-il affecté notre service d’éduction ? Quel est le nouvel agenda pour l’éducation, en particulier l’éducation au Sacré-Cœur ? Quels sont les nouveaux canaux d’écoute que le Seigneur a disposés pour nous ? Quoi de plus pour conclure ? Le site internet que le Seigneur a disposé pour nous comme nouveau canal d’écoute peut nous aider à découvrir un agenda sans cesse renouvelé et à travailler ensemble dans l’attention constante aux signes des temps. Notre site internet. La possibilité de pouvoir toutes nous écouter et échanger depuis les antipodes. Nous pouvons toutes et tous reprendre à l’infini le processus de réflexion de la CIE. Shona Garcia, rscj Province du Pérou |