profil: Ana Morales Pruneda rscj, Province of Mexico ? Nicaragua and Area of Cuba Version imprimable Suggérer par mail
02-12-05
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Il m’est très difficile de dire qui je suis. Je vous dirai franchement que j’en suis encore à le découvrir, non sans surprises. Je m’appelle Ana Maria Teresa, mais on m’a donné toutes sortes de noms : Teté, Ana Tere, Mariaté, Ana Maria et depuis 20 ans seulement je suis Ana. Troisième d’un clan composé d’un homme et de cinq femmes, je dois dire que mes sœurs sont aussi mes amies, et mon frère m’est particulièrement cher.

Sans aucun doute ma vie spirituelle me vient de ma mère et de l’attrait de sa famille pour la religion – ma grand mère, trois tantes religieuses et un oncle presque curé – une religion un peu de sacrifice, peut-être même janséniste, mais aussi pleine de sens. Je tiens aussi  de mon père qui m’a donné une image positive du père : toujours disponible à mes demandes, parfois complice, jamais inquisiteur ; plus tard j’ai pu appliquer son attitude à celle de Dieu, mais en plus grand.

Récemment, au cours d’un repas que je partageais avec mes sœurs aînées, on nous demandait à  Mariola et à moi ce qui nous avait attiré à la Société du Sacré Cœur de Jésus. Celle ci répondit que c’était la spiritualité ou l’importance de la contemplation. J’ai répondu : « le fait de voir que ces sœurs sont des femmes normales ». Ensuite je m’adressais ce reproche à moi-même: comment as-tu pu te montrer si mondaine ? Et en repassant mon histoire j’ai compris pourquoi. Le Seigneur est venu me sauver, moi ; il m’a libérée grâce à  de femmes concrètes qui vivaient le charisme hérité de Sophie. Si elles n’étaient pas venues vers moi en ces moments de crise, quand ma vie n’avait pas de sens, ou bien je serais restée « naine », esclave de mes peurs, de mes insécurités et constants remords, ou bien je serais devenue une sainte, persuadée que plus je vivrais de douleurs et de frustrations, passivement acceptées, plus je serais près du but : atteindre le cœur d’une idole que j’aurais appelé dieu.

Je ne suis pas bien grande, je mesure un mètre et demi, mais Dieu et beaucoup  de « mains humaines », spécialement des sœurs rscj, des enfants et des femmes de milieu pauvre, m’ont façonnée peu à peu et m’ont imbibée de l’intérieur, tellement que je ne pourrais demander davantage. Le cœur, oui, je peux dire qu’elles me l’ont façonné très grand, à force de l’habiter.

Je suis née au Mexique D.F. en 1963. En 69 ma famille s’est transportée à Culiacan, une ville de la côte, au nord du pays. L’année suivante nous nous sommes installés à Guadalajara, Jalisco, où j’ai mes racines affectives. Dans cette ville j’ai étudié l’architecture à l’université des jésuites ; c’est là je crois qu’a commencé à se forger ma vocation pour les pauvres. Je suis entrée dans la Société en 1990 à l’âge de 27 ans ; j’étais vieille par rapport à mes compagnes de noviciat.

Pendant longtemps j’ai vécu mon apostolat de manière conflictuelle. J’étais convaincue  que la Congrégation avait fait un exception pour moi en m’acceptant alors que je n’avais pas le charisme de l’éducation. Après mon noviciat j’ai fait de tout : catéchèse aux enfants, pastorale des jeunes, jeunes des banlieues , pastorale indigène, collaboration aux CEB,travail avec les enfants des rues, enseignantes auprès d’adolescents, dans une de nos écoles, accompagnatrice CVX dans la pastorale universitaire. J’étais passée partout et j’aimais cela, mais je ne pouvais définir ce qui était vraiment «  moi ». Toujours l’attrait pour la théologie me taraudait, mais avec cette question : « Tu es déjà architecte, pourquoi ne ferais-tu pas une maîtrise et pourquoi ne pas oublier la théologie ?

Finalement deux ans avant la probation j’ai pu travailler en utilisant mes compétences à l’intérieur de la vie religieuse, c’était un travail dans une ONG qui encourageait le développement rural. Dans ce travail j’ai senti pour la première fois que je pouvais être à la fois : rscj, éducatrice et me mettre en même temps au service des pauvres.

J’ai demandé de faire mon expérience internationale à Cuba, attirée par le miroir d’une société égalitaire forgée par la révolution, mais je savais par nos sœurs que la réalité du pays était la pauvreté. J’y ai vécu huit mois d’austérités mais j’étais heureuse. Ce peuple qui souffre, intelligent, solidaire et drôle m’avait conquise. La Révolution m’a déçue ; c’était – et c’est toujours – un système qui, à bien des points de vue, paralyse le développement de la personne et de la société ; mais je reconnais cependant quelques réussites.

L’expérience de la Probation, je peux dire qu’elle m’a brisée et m’a donné des bases pour me rebâtir plus humaine; je n’étais plus construite sur le sable mais sur le roc ferme de l’amour inconditionnel de Dieu. Il me reste encore des « chasses gardées » mais déjà je peux accueillir et apporter ma contribution.

Après un essai malheureux de vie au Nicaragua je suis retournée au Mexique et j’ai pu enfin réalisé mon rêve d’étudier la théologie. Grâce à la théologie qui me plaît beaucoup et qui en plus m’apporte les éléments pour construire ma vie.. J’aime particulièrement l’uruguayen Juan Luis Segundo et l’expérience de Dieu de  Cristina White rscj, que je connais grâce à ses poèmes.

Je n’étais pas, et je ne pense pas l’être jamais, de ces religieuses, missionnaires intrépides qui partent vivre hors de leur pays, poussées par le désir d’étendre les frontières du Royaume. Je suis retournée à Cuba par folie, animée d’une passion qui est mienne : suivre Jésus toujours de plus près, peut-être même jusqu’à le poursuivre. Je suis venue le chercher ici, parce que je l’ai  rencontré, Lui, dans la solidarité qui existe chez les pauvres, dans le paradoxe de ces gens tristes qui, se riant de leur situation, me réjouissent et m’aident à relativiser mes angoisses ; je l’ai vu  dans la dignité de ce peuple qui ne juge pas les personnes ni par leur profession, ni par leur couleur de peau, ni par le quartier où ils habitent ; je l’ai vu dans le regard contemplatif et créateur de ces gens qui savent trouver dans la boue un tournevis oxydé bientôt changé en pièce de rechange pour un ventilateur.

C’est cela qui me fait vivre. Et aussi écrire, en parler, et contempler l’artiste transformant la boue  de l’humanité en miracles quotidiens.

Ana Morales Pruneda rscj
Province de Mexique – Nicaragua et Région de Cuba

La prière des saisons: 31 de diciembre: Apenas testigos 

Dernière mise à jour : ( 21-12-07 )