 Bukavu, RDC . Lolin Menendez rscj |  Bukavu, RDC . Lolin Menendez rscj | La situation en R.D.Congo est tellement critique que des mots nous manquent pour exprimer ce que nous vivons. Notre silence est celui d'une personne qui a trop crié sa misère (guerres, violences, injustices flagrantes.) et qui aujourd'hui a déjà perdu sa voix si bien qu'elle peut crier et personne ne l'entendra plus. Voilà pourquoi elle se tait. Elle n'a ni force, ni courage car elle ploie sous le poids de la misère et elle ne sait plus par quoi commencer ses explications et se faire comprendre. Aujourd'hui, elle essaie d'élever faiblement sa voix du gouffre où elle se trouve pour faire connaître une longue histoire qu'elle ne saura même pas raconter pour se faire comprendre parce qu'elle ne pourra la raconter qu'avec quelques mots. En R.D.Congo, depuis l'époque coloniale, l'enseignant était considéré comme l'homme le plus heureux qui puisse exister ; par le fait même, il était parmi les rares personnes respectables de notre pays. Sa situation a commencé à se dégrader depuis un certain temps avec le règne de Mobutu. En effet, vers les années 1990, voyant leur situation bafouée, les enseignants se sont mis en grève illimitée à cause de l'impayement et cela causa même des années scolaires blanches. La conférence épiscopale, soucieuse de l'avenir du pays, proposa que les parents prennent en charge le payement des enseignants pour un certain temps. Malheureusement, la situation a duré plusieurs années, situation qui privilégiait les riches et défavorisait les pauvres. La conséquence est que beaucoup d'enfants n'étudient plus d'où plusieurs enfants de la rue, des délinquants. Beaucoup de parents, à bout de souffle, ne savaient plus quoi faire. C'est ainsi qu'une rencontre a été organisée entre le gouvernement et les enseignants pour revoir la situation. De cette rencontre, un barème de paie a été conclu. Et la conférence épiscopale, de son côté, demanda aux écoles de mettre fin à la prise en charge des enseignants par les parents. La date limite d'application de ce barème a été fixée à la fin de l'année 2004. Dès janvier 2005, les enseignants ont commencé à réclamer l'application du barème si bien que l'année scolaire 2004-2005 a pris fin avec d'énormes difficultés. Pour la rentrée scolaire 2005-2006, le gouvernement opta, à son tour, pour la suppression de la prime des parents. Depuis, les enseignants réclament le barème fixé et le gouvernement est resté sourd. Il fixa, malgré tout, la rentrée scolaire au 05 septembre, rentrée qui n'a jamais eu lieu jusqu'à ce jour. Les enseignants préfèrent écouter leurs syndicats. Malgré les rencontres gouvernement-enseignants, rien n'aboutit car le premier ne peut leur donner le salaire prévu et les derniers ne veulent rien entendre d'autre que leur barème conclu lors de la rencontre gouvernement-enseignants. Les écoles privées qui avaient commencé leurs enseignements, les ont arrêtés à cause des menaces dont elles font l'objet. Aujourd'hui, tous les élèves sont en famille attendant encore la rentrée scolaire qui s'annonce déjà blanche. Il faut rappeler que nous sommes pendant la période de la transition. Nous voterons notre président au mois de juin, entre temps, à l'Est, les désordres continuent et il y a même menace de guerre. Il faudrait aussi savoir que les députés touchent chacun 1500$ USA par mois. Il n'est pas rare de voir qu'ils travaillent encore ailleurs dans les secteurs de l'Etat où ils sont, de très loin, plus bien rémunérés que les pauvres enseignants. Les ministres et le président gagnent encore davantage et un enseignant licencié (5 ans des études universitaires) touche à peine 20$ USA par mois (depuis deux mois seulement car avant c'était 10$ USA) et avec des mois de retard de paiement. Comme dans le pays presque rien (pour ne pas dire simplement rien) ne fonctionne, tous les fonctionnaires de l'Etat ont emboîté les pas aux enseignants en grève. En même temps, ces derniers sont soutenus par les soldats et les militaires. Comme dit le psalmiste, nous levons nos yeux vers les montagnes, d'où le secours nous viendra-t-il ? Le secours nous viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Voici le mémorandum des Evêques de l'Eglise catholique de la RDCongo au ministère de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel: Excellence Monsieur le ministre, Interpellés au plus profond de notre conscience de pasteurs d'un peuple qui ne cesse de crier sa misère et plus particulièrement d'une jeunesse dont l'avenir nous préoccupe beaucoup, nous prenons la liberté de vous adresser le présent mémorandum, expression de notre sincère compassion. En effet, réuni en assemblée plénière du 30 août au 10 septembre 1993, l'Episcopat de l'Eglise catholique de la R.D.Congo, devant la situation scolaire qui prévalait dans le pays, avait levé l'option qu'il considérait comme moindre mal, celle de voir les écoles fonctionner, moyennant la contribution des parents. Cette alternative que l'on avait crue provisoire à l'époque , a été tacitement institutionalisée pour le plus grand malheur des parents, de leurs enfants, des enseignants et de tout notre système éducatif. Depuis dix ans maintenant, malgré quelques aspects positifs de ce système, notamment : - le désamorçage des années blanches ;
- le fait d'avoir évité à l'élève le vagabondage, la délinquance, la dépravation des moeurs pendant les années de grève ;
- l'interpellation des parents dans la responsabilité qui leur incombe d'éduquer leurs enfants ;
- le soulagement de la misère de certains enseignants,surtout en ville et dans les grands centres :
des voix n'ont cessé de stigmatiser le système à cause des aspects négatifs suivants : - la démission tacite de l'Etat devant ses responsabilités ;
- l'essoufflement financier des parents et/ou l'incapacité des parents de continuer à prendre en charge les enseignants, car eux-mêmes pour la plupart
- impayés ou sans emploi ; la détérioration, voire le mépris de la condition sociale de l'enseignant ;
- la marginalisation ou la privation des enfants des familles pauvres, majoritaires dans notre pays, du droit élémentaire et sacré à l'éducation ;
- le favoritisme des enfants des familles riches par l'enseignement de qualité.
Etant donné la gravité de ces maux qui rongent continuellement notre système éducatif et hypothèquent ainsi lourdement l'avenir de notre jeunesse ; Considérant que la situation salariale de l'enseignant constitue l'un des éléments moteurs pour le redressement de notre appareil éducatif ; Attendu que presque tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête de notre pays n'ont réalisé aucune de leurs promesses, tout en soutenant paradoxalement que l'éducation est la priorité des priorités ; Nous, cardinal, Archevêques, Evêques et Administrateurs diocésains, réunis en Assemblée plénière du 28 juin au 03 juillet 2004, vous informons que nous mettons fin au système de la prime accordée aux enseignants par les parents, dans les écoles conventionnées catholiques, à dater du 31 décembre 2004 et demandons au gouvernement de transition que vous représentez de bien vouloir payer aux enseignants un salaire décent, équitable et régulier. En tout état de cause, nous déclinons toute responsabilité devant les réactions que pourraient engendrer l'indifférence de l'Etat face à la présente requête. Tout en restant ouverts au dialogue pour une éventuelle solution concertée, nous vous prions d'agréer, Execellence Monsieur le Ministre, l'expression de notre considération. Fait à Kinshasa, le 03 juillet 2004 Pour la conférence Episcopale Nationale du Congo, L. MONSENGWO PASINYA Archevêque de Kisangani et Pésident de la CENCO Elisabeth Masala rscj Province de la République Démocratique du Congo
Dernières informations : Les enseignants n'attendaient qu'un mot des syndicats. Il y a deux syndicats qui président le tout: le SYNECAT (SYNdicat des Ecoles CATholique) et le SYECO (SYndicat des Ecoles du COngo. Depuis jeudi passé, ils ont suspendu la grève jusqu'au 31 décembre. Ce lundi, les cours ont repris. Dans les lycées du Sacré-Cœur, à Mbansa-Mboma, le jeudi et à Kipako ce mardi. A partir de ce 20, le gouvernement doit procéder au payement mais cela ne semble pas bien fonctionner. On verra. |