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La Bible est une histoire de personnes en marche… Abraham et Sara en furent les initiateurs lorsque, à Ur en Chaldée, ils ont écouté la voix de Dieu qui les appelait à quitter leur pays et à s’aventurer vers une terre toute autre, dont la possession leur était promise. Ils ont dû laisser derrière eux leurs anciennes coutumes et leurs vieux schémas pour inventer une nouvelle manière de vivre en Canaan, monde totalement inconnu pour eux.
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Naomi Kojima (Japon)
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C’est quelque chose du même ordre qui est arrivé à Sophie : les événements de l’époque qui fut la sienne (les lendemains de la Révolution Française) l’ont aussi arrachée à « sa terre » (son désir était d’être carmélite…) ; ils lui ont parlé avec une telle force qu’elle y a reconnu la voix de Dieu et qu’elle a pu assumer le risque d’entreprendre l’aventure d’un nouveau chemin de vie religieuse. Elle abandonnait derrière elle ces éléments que l’on regardait alors comme essentiels si l’on tenait à « être vraiment une religieuse » : la stricte clôture, les grilles, de longues heures passées au choeur et des structures monastiques… Il ne lui a guère été facile d’ouvrir des chemins nouveaux. Elle a eu à endurer des tensions et des insécurités ; elle a fait face à des périodes de perplexité et affronté les critiques. Pourquoi ne pas être « sœur comme on l’a toujours été » ? Depuis quand s’agit-il de faire de ces jeunes femmes des « têtes bien faites » ? Pourquoi ne pas les orienter sur les chemins battus depuis toujours, qui en font de bonnes maîtresses de maison ? Ne serait-ce pas un danger de les amener à penser par elles-mêmes, à accéder au sens critique et à prendre leurs propres décisions ?
Sophie, d’apparence fragile et timide, possédait une énergie intérieure qui la poussait à dépasser les résistances et les difficultés ; elle n’a pas interrompu sa route vers cette terre promise qui prenait pour elle le nom de « Société du Sacré-Cœur ».
Et nous, sommes-nous disposés à faire route avec elle ? Nous pouvons chercher à prendre davantage conscience des conditionnements qui nous lient démesurément à tout ce que nous savons et connaissons déjà. Nous pouvons aussi faire mémoire de nos « expériences d’audace », de ces moments de notre vie où nous nous sommes montrés capables de prendre des risques, mettant notre foi en la Parole de Dieu et savourant la liberté qui naît de cela même.
Dans la prière, présentons tout cela à Jésus, nous souvenant des paroles du Seigneur à Josué qui allait entrer en Canaan: « Sois ferme et courageux ; sois sans crainte et sans peur car le Seigneur est avec toi partout où tu porteras tes pas » (Jos. 1, 6-9)
Confions aussi à Sophie notre désir de nous risquer avec elle à emprunter les chemins de l’Evangile.
Dolores Aleixandre, RSCJ
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