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Page 5 sur 5 Il ne s'agit certes pas de dévier de notre propos en présentant les idées qu'avait sainte Madeleine Sophie sur l'éducation des enfants. Mais incontestablement elle a cherché à donner au Sacré-Cœur une éducation fondée sur l'éveil de l'enfant, aussi bien du reste dans sa formation intellectuelle que dans sa formation morale et spirituelle. Il ne s'agissait pas de ne développer que la mémoire, comme c'était souvent le cas dans la pédagogie de l'époque, mais « il était bien plus important de former le jugement et pour parvenir à ce but d'expliquer <aux enfants> tout ce qu'elles apprennent… Mieux vaut qu'elles aient compris dix pages qu'appris un volume . » Tout devait développer la réflexion, aussi bien les compositions, que les travaux pratiques ou le théâtre. Les classes devaient intéresser les enfants et les inciter au travail personnel. C'était par la réflexion que l'enfant devait parvenir à faire des choix et à exercer sa liberté. Tout le système éducatif du Sacré-Cœur était conçu comme devant aboutir à ce résultat. Dans leurs relations avec les enfants, les éducatrices devaient manifester en toutes circonstances des qualités de bienveillance, d'accueil, de douceur et de calme: « Recevez les enfants avec bonté, ouvrez-leur le cœur, les encourageant et les aidant de vos avis pour travailler leur caractère », écrivit en 1858 la Mère Barat à la Mère de Tinseau . Peu après elle précisa à l'intention de la Mère de Gissac : « Si vous êtes obligée de reprendre, que ce soit toujours avec calme et douceur même, après vous être assurée que les avertissements sont à propos . » Mais le climat « familial » qui devait régner dans les pensionnats devait aboutir au même résultat, c'est-à-dire aider les enfants à croître dans la foi, et dans une foi courageuse et forte, et les entraîner à pratiquer envers autrui et spécialement envers les plus démunis une charité inventive et active. Dans des lettres circulaires aux élèves, la Mère Barat l'a précisé avec force : « Votre dévotion à ce divin Cœur m'est un garant de la sincérité de vos promesses. Pourriez-vous en effet, mes bien chères enfants, le connaître, l'aimer sans vous sentir pressées de l'imiter, de le dédommager de l'insensibilité de ceux qui n'ont pas le même bonheur ou qui se plaisent à l'outrager? » Auparavant elle leur avait écrit avec le même zèle : « Vous êtes les enfants de prédilection du Sacré-Cœur, mais quelle mission n'avez-vous pas à remplir au milieu du monde où devez plus encore par vos exemples que par vos paroles le faire connaître et aimer . » Car « ce n'est pas sans un dessein tout particulier de sa miséricorde que ce titre d'enfants du Sacré-Cœur tout brûlant de zèle et de charité vous a été donné… Il vous dévoile, ce titre, une importante mission qui vous est réservée : c'est à vous à continuer, je dirais même à compléter la nôtre, à vous dévouer à l'amour de Jésus et au salut de ceux qui ne le connaissent pas . » Fondatrice d'une congrégation religieuse destinée à glorifier le cœur du Christ, Sainte Madeleine Sophie Barat a voulu que sa famille religieuse fût au service de l'éducation de la jeunesse. Pour parvenir à ce but, elle a souhaité mettre en place un projet où chaque enfant serait reçue dans un établissement du Sacré-Cœur comme si elle était la seule à y être. Tout d'abord parce que chaque enfant était aimé d'un amour unique par Dieu, et, selon un langage qui est celui de son temps, parce que chaque âme d'enfant avait été rachetée par le sang de Jésus-Christ. C'était aussi suivre la manière d'être du Christ, car l'Evangile nous montre que si Jésus n'a pas été indifférent à la vie des communautés et des groupes humains, il est venu avant tout pour donner la vie aux personnes et pour les faire grandir en liberté. Pénétrée de la grandeur de la tâche d'une religieuse du Sacré-Cœur, donc d'une éducatrice, Sophie Barat a souhaité que les relations entre les enfants et les maîtresses fussent à l'image de celles qu'elle-même avait avec les enfants, des relations de personne à personne, et dans ce cas particulier, de mère à fille. Si elle a beaucoup aimé les enfants, sainte Madeleine Sophie Barat était réaliste. Elle était optimiste parce qu'elle pensait que chaque être humain éclairé par la grâce de Dieu était perfectible, et elle avait une spiritualité fondée sur la confiance, mais elle n'était pas aveugle et elle a manifesté pour les enfants un amour sans faiblesse, vigilant et ferme, qui se traduisait par une surveillance exacte de leurs faits et gestes, par une discipline exacte, par son souci d'insister dans les établissements sur l'ordre, le silence, la subordination et le respect des maîtresses . Mais la fermeté de sainte Madeleine Sophie, qui était réelle, était exempte de dureté et la fondatrice du Sacré-Cœur était suffisamment intelligente et avisée pour rappeler aux religieuses « qu'une maîtresse ne doit pas tout voir, qu'il est prudent de fermer les yeux sur bien des choses où le bon ordre n'est point intéressé ; qu'elles n'en viennent jamais à punir qu'après avoir épuisé les moyens de douceur et de charité . » A une époque où le recours aux châtiments corporels restait fréquent, les élèves, au Sacré-Cœur, étaient parfois surpris par un système qui ne recourait pas à la violence. Certes la conduite de la Mère Barat a dû varier en fonction de son âge et de sa propre évolution humaine et spirituelle. Elle a sans doute acquis l'expérience qui lui manquait au début de sa vie religieuse car des anecdotes sur le premier pensionnat d'Amiens semblent discrètement prouver que la jeune Sophie Barat n'était pas toujours capable d'éviter les remous dans sa classe ou de maîtriser les enfants en promenade. Mais la fondatrice du Sacré-Cœur a toujours aimé celles qui lui étaient confiées parce qu'elles avaient du prix à ses yeux et que c'était en les formant et en les éduquant qu'elle pouvait faire connaître et aimer le Cœur de Jésus « jusqu'aux extrémités de la terre ». Nous pouvons facilement en conclure que l'amour des enfants peut parfaitement coexister avec une vie mystique intense, car sainte Madeleine Sophie a été mystique et éducatrice. A notre époque où les enfants sont rois ou victimes de sévices divers, il est bon de considérer l'exemple que nous offre la vie de la Mère Barat, et la relation ajustée qu'elle a eu avec les enfants. Nous pouvons y puiser force et courage dans notre propre tâche éducatrice. Monique Luirard rscj Province de France Joigny, 11 et 12 décembre 2004.
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