Sainte Madeleine Sophie Barat et les enfants - page 1 Print E-mail
05 Feb 05
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A partir du moment où elle fut nommée Supérieure générale - c'était en 1806 -, elle n'eût plus à enseigner. Mais aussi bien à la Maison Mère que dans les maisons où elle résida ou qu'elle visita, et toutes les maisons avaient pensionnat et école, elle chercha toujours à rencontrer les élèves qui la recherchaient elles aussi. Lorsqu'elle n'était pas entourée par des enfants, elle en éprouvait un regret qu'elle manifestait de façon très imagée, comme l'ont raconté la Mère Cahier et la Mère Perdrau : « J'ai faim de revoir des enfants, écrivait-elle de la Maison Mère des Feuillantines au pensionnat de la Rue de Varenne. Mettez dans une grande voiture celles qui sont les plus éloignées de leurs mamans, et arrivez-moi à 4 heures : j'aurai pourvu au goûter . » « Comme les ogres sentent la chair fraîche, moi je sens une âme enfantine », a-t-elle écrit dans une autre circonstance. Elle qui pourtant était si attachée à la solitude et au silence ne pouvait se passer de la présence des enfants. Quand elle décida de séparer la Maison Mère du pensionnat de Paris, elle souffrit de ne plus entendre « la joie des récréations qui venaient me dire : « Tu travailles, mais c'est pour le bien-être de ces enfants. » J'ai besoin, ajoutait-elle, de respirer l'atmosphère de la jeunesse à laquelle nous sommes vouées. Amenez-moi des enfants, j'ai faim de ces fleurs-là. Quand je dis, avec le Cantique des Cantiques : Entourez-moi de fleurs odoriférantes, c'est de l'enfance que je me languis. » Beaucoup d'anecdotes nous parlent de la tendresse qu'elle manifestait aux enfants malades. Elle venait parfois s'asseoir près de leur lit : elle les écoutait, les distrayait en leur racontant des histoires tout en tricotant. On raconte même qu'elle tricotait des bas pour leur poupée et qu'elle lisait aux petites malades les aventures de Polichinelle! Réellement elle fut mère ou grand'mère pour les petites ou les grandes.

Les enfants éprouvaient une vraie attirance pour le Mère Barat. Les plus petites comme les plus grandes cherchaient à lui parler, à lui confier des secrets, voire, pour les plus âgées, à lui parler d'une possible vocation. Elle-même recevait à la veille du grand jour les premières communiantes, et quand elle le pouvait, elle aimait à se charger de leur formation. Elle avait un intérêt spécial pour les enfants du « petit pensionnat », c'est-à-dire pour les benjamines, souvent bien jeunes, car on confiait parfois au Sacré-Cœur de très jeunes enfants. La Mère Barat en était choquée. Elle a confié à son entourage : « Ce n'est ni moral, ni chrétien qu'on nous donne des enfants riches au-dessous de sept à huit ans, leurs mamans sont faites pour les élever à ce premier âge. Mais cela les gêne, les force à ne pas aller autant dans le monde dont elles ont le goût, et ces bijoux du Cœur de Jésus, ces trésors d'innocence sont livrés à des domestiques pendant des nuits de fêtes, de spectacles et de bals. Ah ! quelle dureté ! La sainte Ecriture compare de telles mères à des autruches qui abandonnent leurs œufs sur le sable aux rayons du soleil . » Mais parce que c'était nécessaire, elle ouvrit au pensionnat de Paris une section dite « Nazareth » pour les enfants entre 18 mois et 5 ans : il s'agissait d'enfants qui avaient perdu leur mère et que leur père était dans l'incapacité d'élever. Le Sacré-Cœur a reçu beaucoup de toutes petites filles d'officiers en garnison qui ne souhaitaient pas les confier à leur ordonnance !

Passons à d'autres anecdotes, dont certaines sont déjà connues des religieuses du Sacré-Cœur, mais dans lesquelles il y a toujours à puiser, et dont d'autres sont inédites. A la Trinité des Monts, à Rome, la Mère Barat avait coutume d'appeler dans sa chambre les petites. « Devant leur maîtresse, elle les intéressait par des récits à leur portée, en tirait d'utiles conclusions, distribuait les récompenses et gagnait si bien leurs cœurs que lorsqu'elle les congédiait, la plupart voulaient lui parler en secret. Il était touchant de voir cette vénérable Mère, debout dans l'embrasure d'une fenêtre, s'incliner à la taille de ces petites, écouter leurs confidences, y répondre et les renvoyer contentes, souvent même sautant de joie. Parmi elles se trouvaient deux sœurs dont l'aînée âgée de sept ans était jalouse de la plus petite et montrait peu de cœur à son endroit. La maîtresse qui découvrit ce défaut s'en effraya et fit part de sa peine à notre Mère générale. Le dimanche suivant, cette vénérée Mère garda pour la dernière celle qui lui avait été signalée ; quelques minutes après, l'enfant revient au milieu de ses compagnes le visage inondé de larmes, court à sa sœur, l'embrasse de toute sa force, disant à qui voulait l'entendre : « Je ne savais pas que cela offensât le bon Dieu, la Mère Barat me l'a dit … »



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