La maison de Sophie : l'�glise PDF Imprimir E-mail
02.09.08
Joigny

  Joigny, Lolín Menéndez rscj


La maison de Sophie : l'église

(La casa de Sofia : la iglesia)

Pour des temps d’oraison

Relis les textes bibliques : qu’ils éclairent de l’intérieur ta manière de concevoir et de vivre l’Eucharistie. Laisse-toi entraîner dans leur mouvement : la compassion d’un Dieu qui ne supporte pas de voir son peuple affamé, privé de pain, de sa présence et de son offrande au Fils pour devenir le Pain qui donne la vie. Laisse-toi entraîner dans son désir que chacun des invités au banquet eucharistique entre dans son projet de communion fraternelle, de lutte pour que le pain et l’Evangile soient offerts à tous et que « notre monde soit un grand banquet, une table ouverte où on partage le pain et la parole, où le Seigneur essuie les larmes de tant d’injustice, de violence de division… » (Chap. Gen. 1994 : « Dimension eucharistique de notre spiritualité »)

« Mes filles, voici comment nous devons montrer notre reconnaissance à Jésus : tout notre être doit être un sacrifice de louange, nos pensées, nos paroles, nos actions et nos mouvements, même notre respiration. Tout en nous doit devenir une louange au Seigneur, tout doit être consacré à son Cœur. Je sais bien que vous le désirez et que le jour où on vous dira que l’une de nous adore notre Dieu ce sera le plus beau jour de votre vie…(Lettre à la communauté de Poitiers, 1809)

Relis, cette fois au singulier, la lettre de Sophie à la communauté de Poitiers, comme si elle te l’avait écrite pour toi personnellement et commente-la avec elle. Respire un moment en silence, prenant conscience que tu es bien en vie et fais-en  une véritable louange…

Essaie d’entrer dans cette perspective qui te touche toi aussi. Réjouis-toi de pouvoir comprendre aujourd’hui cette adoration comme quelque chose  qui puisse embrasser ta vie entière si tu unifies ton travail concret et ta volonté de créer la communion et de partager avec les autres; si l’Eucharistie devient non seulement une célébration mais aussi un style de vie et ta manière de suivre le Christ ; si Jésus te communique sa manière de vivre sa vie sans la retenir, d’éprouver cette joie de s’offrir et de se donner, de renoncer à vivre pour un monde plus fraternel.

Cet aspect de l’Eucharistie comme don de soi  est « préfigurée » par deux femmes de l’Evangile : la pauvre veuve (Mc12,41-44) et celle qui répandit le parfum sur Jésus à la veille de sa passion (Mc14,3-9) .

 Approche-toi de la première : tu peux  sentir  ta vie en tes mains comme ces « deux pièces de monnaie» de la veuve. Pense à tous ceux que tu pourrais secourir par la monnaie de ton affection, par ton écoute, tes ressources personnelles et économiques…

Et puis entre à Béthanie, dans la maison de Marthe, Marie et Lazare et regarde la scène. Essaie d’entrer dans les sentiments de Jésus : dans sa défense passionnée du geste de Marie, comme il l’avait fait pour la femme qui était répandre le parfum dans la maison du pharisien (cf Lc7, 36-50). Peut-être est-ce parce qu’il a trouvé en eux cet amour passionné, ce dépouillement, semblables à « l’inspiration »qui va le porter, Lui, à prendre le pain, le rompre et dire : « Ceci est ma vie livrée pour vous..» Laisse ton cœur déborder de joie et de reconnaissance pour le don de l’Eucharistie, pour le projet d’humanité réconciliée qu’il contient. Parle à Jésus de ton désir d’entrer dans son « projet eucharistique », de vivre ainsi « en mémoire de Lui »…

Lis cette réflexion sur l’adoration en cherchant les expressions avec lesquelles tu es le plus en accord :

Le mot « adoration » se réfère au processus  d’oraison par lequel la personne qui contemple Dieu et découvre sa grandeur, reste dans l’étonnement et la surprise. Surgissent alors de son être la louange, le bonheur, le chant, la danse. Parce que Dieu existe et qu’être rencontrés par Lui produit une joie profonde parce que c’est toujours un évènement inespéré et gratuit.

Dans un second temps nous dirigeons notre regard vers nous-mêmes, nous découvrons notre faiblesse, notre péché, la réalité du monde et cela nous porte à nous incliner, à demander, à nous confier, nous offrir, à garder le silence…En tout cas c’est une attitude de reconnaissance de Dieu qui nous transcende.

Dans sa prière Jésus ne s’est pas courbé comme un serviteur, n’a pas baisé le sol comme un esclave, n’a pas offert d’animaux pour calmer la colère de Dieu. Il a regardé le monde et s’est regardé lui-même, découvrant le monde habité parce que Dieu est présence. Et Jésus sonde le réel jusqu’à ce qu’il y découvre un sens, le message qu’il contient. Le monde l’histoire, les gens, sont le lieu où Dieu se manifeste.

L’adoration est en même temps oraison et attitude de vie ; elle doit toucher l’acceptation  réelle de nos limites, c'est-à-dire  être un chemin de conversion : abandonner  notre  désir de toute puissance et accepter  le réel avec ce côté obscur que nous ne pouvons ni expliquer ni dominer totalement. Il s’agit d’une acceptation dans la dynamique de mort- résurrection qui dépasse l’échec et nous ouvre à l’espérance.

Loin d’être un geste privé, elle est communion avec l’Eglise et le monde parce que nous croyons qu’il est habité.

La présence sacramentelle du Seigneur actualise la passion permanente de tous ceux qui souffrent, elle  nous invite à entrer dans le dynamisme de la résurrection qui est : la vie pour tous en abondance. Nous entrons dans cette dynamique par la contemplation du mystère et en intercédant pour tous ceux qui souffrent. Nous  élargissons  notre cœur, depuis les sphères dans lesquelles nous vivons, cherchant à  nous ouvrir au monde entier. Pour cela entrons dans le Cœur de Jésus, dans ses sentiments, pour tout  regarder à partir de ses critères et de ses attitudes et offrir notre vie pour que l’amour de Dieu soit vivant dans l’histoire.

L’adoration est le prolongement de l’Eucharistie. La célébration de la messe est à la fois la source de l’adoration et la mer où elle se jette , avec son poids de vécu.

Pour cette raison nous ne pouvons pas chosifier l’adoration, comme si ce que nous adorons c’était l’hostie en elle-même : ce que nous voulons c’est prier en présence de Jésus, près du sacrement de Dieu qui prolonge dans l’histoire l’actualité du mystère pascal : Christ  souffre, meurt, ressuscite et vit dans le monde déjà dans la gloire. Nous nous plongeons dans ce mystère chaque fois que nous adorons…

Ce type d’oraison nous associe pleinement aux sentiments de la miséricorde du Christ pour le monde. Un cœur transpercé mais glorieux, parce que la passion du Christ se continue, achevée par la résurrection. C’est le mystère pascal dans sa totalité qui se prolonge dans l’histoire, et pas seulement la passion et la mort. Le cœur est un symbole de vie qui, comme la gloire du Ressuscité, inonde le monde de sa plénitude de vie et de transformation ».

Du point de vue de la théologie, le tabernacle est évidemment avant tout le lieu où l’on garde l’Aliment de vie pour les fidèles. Pour cela précisément c’est un sacrilège de rejeter comme démodées les pratiques de piété eucharistique qui sont nées dans l’Eglise depuis le XI siècle et qui restent porteuses de vie. Pourquoi le chrétien du futur  ne va-t-il pas prier devant le corps du Seigneur qui a livré sa vie pour lui, devant le signe sacramentel de la mort du Seigneur et de sa propre mort dans le Seigneur qui vient vers lui ? Ou bien ne va-t-il pas exister dans le futur une amertume, frustration et mort ? Dans le futur n’y aura-t-il que des hommes et des femmes fuyant lâchement ces abîmes de l’existence ? S’il n’en est pas ainsi, dans l’avenir il y aura aussi des hommes et des femmes qui s’agenouillent en prière et en adoration devant le tabernacle, qui poseront leur regard sur Celui qu’ils ont transpercé ; des hommes qui seront disposés à accepter leur destinée qui a été assumée dans le mystère pascal de Jésus »
(K. Rahner)

Dolores Aleixandre rscj
province d’Espagne Sud

 

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