
L’Yonne, By Lolín Menéndez rscj
La maison de Sophie le cours d’eau
(La casa de Sofía : el río)
Pour des temps d’oraison
Nous gardons en nous certaines fibres intimes de notre être abîmées par notre péché et celui des autres, mais Jésus a le pouvoir de guérir ces «dommages» (Lc 4,40-41; 7,21-23) et il exerce son action libératrice face au mauvais esprit qui s’empare de notre psychisme, de notre affectivité, de notre intériorité…(Cf. Mc5,1-20).
«Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn10,10).
« Il est passé en faisant le bien, guérissant ceux qui étaient assujettis au démon (Hch10,38). « Une force sortait de lui et les guérissait tous ». (Lc 6,19)
« Si je parviens seulement à toucher la frange de son manteau je serai guérie »(Mt9,21).
Ce pouvoir de guérison physique et spirituelle réside dans les blessures et la passion de Jésus.
« Par ses blessures nous sommes guéris » (Is 53,5).
« Lui guérit les cœurs blessés et panse leurs blessures »( Sa 147,3). « Il soutient tous ceux qui tombent, Il redresse les courbés » (Sal 145,14).
« Il est proche des coeurs brisés » (Sal 34,19).
Rassemble ces fibres abîmées de ton être, celles qui ont été les plus endommagées, avec les points lumineux de ton enfance mais gardent encore de l’opacité : confiance, joie, plaisir, créativité, capacité à admirer et à communiquer. Tes blessures te portent peut-être à blesser les autres… Parle au Seigneur de ces blessures qui empêchent le plus son œuvre en toi et à travers toi. Demande - lui ce qu’Il veut guérir en premier en toi ; peut-être n’est-ce pas ce que tu voudrais guérir en toi en premier. Parce que toutes tes blessures ne gênent pas la grâce et certaines peuvent être décisives dans tes relations et ta mission (Cf. 2 Co 12,7-10).
Présente toutes ces blessures au regard de Jésus, laisse-toi toucher par Lui.
Le monde qui nous entoure est gravement blessé. Découvre-toi instrument, qui permette à l’amour de Jésus de toucher mes frères par ton intermédiaire; prends conscience que l’amour seul peut guérir. Accueille en toi l’action salvatrice et «transformante» de Jésus. Ouvre- toi à son pardon, tant de fois reçu. Laisse sa force de réconciliation couler et se répandre dans toutes tes relations et dans un monde qui a tant besoin de « femmes de réconciliation » et de « communautés thérapeutiques », pour accueillir et guérir les hommes et les femmes écrasés par la vie.
Notre vie, comme celle de Jésus, se déploie sous le regard de quelqu’un qui se réjouit d’être avec nous et qui nous aime. « Quand Israël était enfant je l’aimais. J’ai appris à marcher à Ephraïm et je les prenais dans mes bras..
Je les portais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour, comme on garde un nourrisson contre sa joue ; je me penchais sur lui et je lui donnais à manger »(Os 11,1-4). »Tu comptes beaucoup pour moi. Tu as du prix à mes yeux et je t’aime »(Is43,4). « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » = tu plais à Dieu (Lc1,30).
Prends un temps d’oraison auprès de Jésus, descends avec Lui au Jourdain, comme si tu étais à l’intérieur de la scène, «attache – toi à Lui» et écoute comme si elles étaient prononcées pour toi les paroles du Père : tu es mon enfant bien-aimé, mon préféré…Laisse toi pénétrer jusqu’au plus profond de toi par cette certitude d’être aimée et choisie, certitude plus profonde que n’importe quel sentiment de culpabilité, de méfiance ou de crainte. Et à partir de cette condition de fille aimée et pardonnée, sens toi en sécurité et sauvée, enveloppée de la chaude protection d’un amour qui t’accueille et te donne de vivre et de grandir.
Accepte ce nom nouveau que Dieu a choisi pour toi de toute éternité : Tu es ma fille, je t’ai appelé par ton nom, tu es mienne. Tu es bénie, tu es ma fille très aimée, ton nom est gravé dans la paume de mes mains, tu es unique et le Berger te connaît par ton nom.
Fais tiennes les paroles du psaume 103 :
« Comme est la tendresse d’un père pour ses pour ses fils,
Tendre est le Seigneur pour qui le craint.
Il sait de quoi nous sommes pétris,
Il se souvient que poussière… nous sommes. »
D’un point de vue plus existentiel, le cours d’eau évoque le cours de la vie et du temps, ainsi que son déboucher final dans la mer, au-delà de la mort.
Prends conscience de la façon dont tu vis le cours du temps : inconscience, crainte, désir de banaliser le fait de la caducité humaine… Apprivoise cette certitude que la mort est le moment de la rencontre :
« Je ne sais ce qui arrivera au terme,
Quand le fleuve de ma vie
Se jettera dans la mer de l’éternité.
Ce que je crois,
Ce que je crois seulement,
C’est qu’un amour m’attend.
La force du courant évoque l’attitude de l’abandon : se laisser porter et conduire, à l’opposé de l’effort du nageur, surtout si rien ne vient en direction contraire :
« Une image s’est imposée à moi : celle d’une personne qui flotte sur le courant, je conçois ainsi l’oraison et, par conséquent la vie. Le nageur est en activité intense et il sait vers où il se dirige; celui qui flotte se laisse porter par le courant et il savoure l’instant présent. Ainsi celui qui se dirige vers un but précis sans pouvoir contrôler sa direction car c’est le courant qui l’emporte. Son action principale est de faire confiance à la marée. S’il ne le fait pas, il doit se guider lui –même par le mouvement de ses bras ; s’il le fait, il peut être en confiance, s’abandonner à la marée et vivre intensément le moment présent » (T.H. Green, Quand la source se tarit)
« Vous êtes ainsi, dit Dieu, je vous connais.
Vous feriez tout pour moi, sauf ce petit abandon
qui est tout pour moi.
Je vous en prie, soyez comme celui
qui est en bateau sur un fleuve.
Il ne rame pas sans cesse, mais parfois se laisse porter par le courant »
(Ch. Péguy)
Après avoir lu ce texte, imagine que tu flottes sur le courant qui t’emporte et abandonne-toi à lui…
« Quand je saute du trapèze j’ai besoin d’avoir une absolue confiance en celui qui va me recueillir. Le public croit que c’est moi l’étoile, mais en réalité le mérite en revient à l’autre, celui qui me reçoit quand je saute. Le secret consiste à ne pas chercher à m’agripper à lui mais, simplement, étendre les bras et les mains et attendre que ce soit lui qui m’attrape. – Mais alors tu ne fais rien ? – Absolument rien. Le pire que puisse faire un trapéziste c’est chercher à attraper l’autre. Mon rôle n’est pas de chercher à le prendre mais de me laisser cueillir. Si c’était moi qui faisait cela je pourrais lui casser les poignets, les siens ou les miens. Et les deux en définitive. Celui qui vole doit voler et faire confiance à son partenaire qui va le recueillir à un endroit et un moment précis.
Je me suis souvenue des mots de Jésus : Père, en tes mains je remets mon esprit. Mourir c’est s’abandonner entre les mains d’un Autre, se souvenant qu’il sera là quand nous ferons le dernier saut. N’essayons pas dele saisir, ce sera Lui qui le fera. Nous devons seulement étendre nos bras et nos mains et nous abandonner ». (H. Nouwen)
Dolores Aleixandre rscj
province d’Espagne Sud
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