France: Retour d?Haiti Print E-mail
05 Jul 05

Virginie est d'une famille de 4 enfants. Elle est presque en fin d'études d'actuariat.  Elle a été à l'étranger grâce à des voyages faits en famille, grâce à des camps de jeunes et à des camps scouts. Mais elle n'a pas dépassé les frontières de l'Europe ! La proposition de quelques semaines en Haïti la tente. Ce sera l'occasion de s'exposer à une expérience forte et enrichissante, et aussi de vivre une aventure spirituelle en groupe. 

Merci aux RSCJ de Verrettes. Au milieu de vacances très occupées, elles ont permis à 4 jeunes françaises de vivre cette aventure pendant 5 semaines. Encore aujourd'hui, cette expérience reste vivante pour les jeunes femmes qui l'ont vécue ; Virginie et Anne-Claire sont venues  en parler à celles qui se préparent à partir cet été 2005 à Cuba, au Mexique et en Indonésie. Elles feront partie de l?expérience  
« Ne rentrez pas chez vous comme avant ! », 4 à 6 semaines d?immersion en 2005 - 06, dans un des 44 pays où sont les religieuses du Sacré-C?ur.

Virginie se laisse instruire par Mr Aryus !
Virginie, Jacqueline Teisserenc rscj, Monsieur Aryus et Anne-Claire
Chez la communauté des rscj à Verrettes

Bienvenue à Verrettes

Ce sont les mots qui nous attendaient à notre arrivée dans la ville de Verrettes en Haïti, je vous les transmets en espérant que vous y découvrirez ce lieu un jour ou des lieux aussi accueillants?

Nous étions quatre volontaires venues dans ce pays pour nous occuper d?enfants, mais aussi découvrir Haïti et vivre une expérience de vie communautaire. Cette proposition faite par s?ur Jaklin (en créole), par volonté de faire partager son enthousiasme pour ce pays et son amour du créole, m?avait plu dès le début. C?est donc avec joie que je me suis portée candidate dès que j?eus trouvé un stage suffisamment court pour pouvoir partir le mois d?août.

J?ai donc découvert ce petit bout d?île perdue entre les Antilles et les Caraïbes, cet îlot francophone cerné d?anglophones et d?hispanophones. , si petit et pourtant si intéressant.
C?est un pays de contrastes que la terre d?Haïti. C?est inscrit dans son sol, ses montagnes et ses vallées, ses terres arides et ses rivières. Même la journée est contraste en cette saison, aux matins secs et brûlants et aux soirées pluvieuses et plus fraîches ( tout est relatif pour la fraîcheur ?). Mais c?est aussi un splendide pays d?une beauté saisissante, où on peut tout trouver? et où il manque de tout? La société haïtienne aussi est contraste comme Port-au-Prince où la misère des bidonvilles côtoie les hôtels de luxe de  Pétionville. Seule la politique n?est pas contrastée pour les Haîtiens qui n?aspirent qu?à un régime stable et pas trop corrompu.

Pourtant c?est un pays où il fait bon vivre souvent où les gens se parlent et s?écoutent ont une immense soif de découvrir le monde, mais il y a de tels manques et surtout de tels problèmes politiques. Il suffirait de si peu pour relancer ce pays et pour que chacun ait suffisamment pour pouvoir sortir de son individualisme.. Un pays où tout est intense, où l?on ne peut pas vivre à moitié... aux sentiments forts et profonds. Un pays chaleureux et sucré, il suffit d?écouter parler créole ou de voir danser les Haïtiens sur le son des tambours ou du compas pour en être persuadé.

Les Haïtiens sont de grands sentimentaux qui chez eux rêvent d?Afrique et de voyage?et qui à l?étranger deviennent des expatriés nostalgiques. En espérant qu?un jour plus aucun haïtien ne voudra fuir son pays mais que tous reviendront le reconstruire dans la paix et la solidarité.

Voilà pour mes impressions d?Haïti en général, pour mon expérience personnelle, je dois dire que les rencontres, les liens noués sont très forts et que mon travail auprès des enfants m?a énormément apporté même si je regrette de ne pas avoir pu en faire plus.
Ce que j?ai vécu durant ce mois d?août ne m?a pas déçue. Bien sur ce n?était pas tout à fait ce que je m?attendais à trouver, j?aurais d?ailleurs été déçue dans le cas contraire.
J?y ai découvert pêle-mêle des peurs, des doutes, des désespoirs, des espérances, des générosités, des violences et d?immenses tendresses, ainsi que le curieux courage désabusé d?un peuple à l?histoire si courte et pourtant si lourde.

J?y ai vu le décalage entre des traditions venues d?Afrique et une culture occidentalisée par les voisins.

J?y ai approché un peuple tiraillé entre sa terre d?origine dont il a été arraché et la terre où il s?est enraciné terre d?adoption, mais aussi terre d?esclavage de ses ancêtres. Terre rouge blessée à vif par la déforestation et l?érosion, qui a maltraité ses pères et dont il lui faut maintenant panser les blessures, mais terre avec un tel potentiel en même temps?.

J?ai entendu un peuple qui pleure ses ancêtres tout en tourmentant ses enfants.

J?y ai croisé la misère des enfants restavec, mais aussi tant de jeunes qui tentent de les aider.

J?ai découvert le poids qu?a l?histoire dans la construction d?une nation et dans la construction des liens sociaux. Le poids de l?économie également et comment l?aide humanitaire issue des meilleures volontés peut à la fois aider, mais pervertir les rapports entre nations.

J?y ai rencontré également une communauté chrétienne à la foi profonde avec une espérance si forte? Une Eglise si vivante, si active, si ancrée dans le concret aussi...

J?y ai  appréhendé mes limites et appris à accepter mon impuissance, à admettre la vulnérabilité de l?être humain.

J?ai  appris l?humilité, réalisé que parfois Dieu semble se faire rare, mais qu?il nous donne en fait le principal, la chance d?être en vie, d?être capable d?aimer et de rencontrer l?autre.
Alors j?ai appris à savourer ces petits bonheurs qui passent souvent inaperçu et qui sont pourtant le sel de la vie. J?ai appris à aimer la vie telle qu?elle est sans me contenter de la rêver, et de lui en demander toujours plus.

J?ai compris que venir en Haïti humblement, avec mes doutes, mes faiblesses et mes désirs de rencontre plutôt qu?en sauveteur de l?humanité est sans doute le maximum que je pouvais faire mais l?essentiel aussi. Porter un intérêt à l?autre pour apprendre à l?aimer n?est ce pas le plus grand cadeau que l?on puisse faire, la plus grande marque d?estime due à tout humain et si souvent oubliée.

J?ai compris également que vivre en communauté, et à plus grande échelle bâtir une société, c?est sûrement le défi le plus dur que puisse lancer l?Homme, mais c?est celui qui offre les récompenses les plus grandes?.

Virginie Suply
France

Last Updated ( 17 Oct 05 )
 

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