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Rome, le 21 novembre 2007
À la Société
Bien chères Sœurs,
Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part d’une décision concernant la châsse de Sainte Madeleine-Sophie. Nous sommes bien conscientes des nombreux voyages que Sophie a dû faire tout au long de sa vie et après sa mort, et maintenant elle est sur le point d’être déplacée une fois encore.
Son « itinéraire » nous est familier. Au temps des expulsions, elle dut quitter la France avec environ 2.500 de ses sœurs. En 1904, son corps arriva à Bruxelles. En 1909, après sa béatification, un reliquaire (ou « châsse ») fut fabriqué, pour contenir son corps intact, qui fut placé dans une petite chapelle à Jette-Saint-Pierre. Cette chapelle ne devait pas être non plus sa dernière demeure : quand en 1994, la communauté évacua le bâtiment qui était contigu, la châsse fut provisoirement transférée au « Petit Château », un bâtiment plus petit, situé à l’intérieur de la propriété de Jette, où la communauté avait déménagé. La châsse resta dans ces lieux jusqu’en 1998, date à laquelle elle rejoignit la chapelle de la communauté, désormais installée rue de l’Abondance, autre quartier de Bruxelles, en milieu d’immigration.
Ainsi même dans la mort, le corps terrestre de Madeleine-Sophie continua à être présent à ses sœurs qui se confrontaient à la réalité sociale changeante. Elle voyagea avec elles d’abord comme « réfugiée politique », puis elle séjourna pendant ces neuf dernières années parmi des immigrés, en grande partie musulmans.
Cette « toute dernière escale» fut considérée dès le début comme une étape provisoire - tout au plus 10 ans - et la question s’est alors posée de façon plus urgente : Allions nous continuer à déplacer la châsse d’un lieu à un autre au gré de l’ouverture et de la fermeture de nos maisons, ou pouvions-nous lui offrir une demeure plus stable ? Quel serait l’emplacement apte à être permanent pour le corps de notre fondatrice?
Après maintes consultations et recherches, Françoise Belpaire, provinciale de Belgique-Nederland, et Françoise Greffe, provinciale de France, lors de l’Assemblée des Provinciales en Ouganda (novembre 2006), ont proposé de placer définitivement la châsse dans l’église Saint François-Xavier, boulevard des Invalides, à Paris. Cette église se situe en face de la rue où Madeleine-Sophie a vécu et est morte, et est très proche de l’avenue de Lowendal où se trouvent notre communauté et les bureaux provinciaux de France.
Saint François-Xavier est un lieu public : une église paroissiale ouverte tous les jours, ce qui rend la châsse disponible à la vénération non seulement des rscj de tous pays, des anciennes et des laïques travaillant avec nous, mais aussi de beaucoup de gens de passage.
La paroisse est très vivante et assure l’aumônerie du lycée Victor-Duruy (situé dans notre ancienne Maison Mère, où est morte Madeleine-Sophie). Il y a encore d’autres raisons, géographiques, historiques, culturelles et pastorales pour le choix de cette église fréquentée aussi par de nombreux jeunes. Vous trouverez plus de détails dans l’annexe ci-jointe, et le site Web de la paroisse www.paroisse-sfx-paris.org.
En septembre 2007, le Conseil Général a donc accepté cette proposition, et fixé la date du transfert au 19 juin 2009, fête du Sacré Cœur. La décision fut annoncée au Chapitre bi-provincial (BNL-FRA), en novembre 2007. Dans la lettre à leur province faisant suite au Chapitre, Françoise Belpaire et Florence de la Villéon ont écrit: « Les sœurs de la province de BNL sont conscientes du détachement que cela représente pour elles, mais sont heureuses du retour de notre fondatrice à son pays d’origine». Nos sœurs de la rue de l’Abondance ont pris soin de la châsse avec beaucoup d’amour, toujours disponibles à accueillir de nombreux pèlerins venus confier à Madeleine-Sophie une situation difficile, ou la remercier pour une faveur accordée. Je veux profiter de cette occasion pour remercier toutes celles qui dans les provinces de France et de Belgique-Nederland, grâce à leurs recherches attentives, menées avec délicatesse et amour, nous ont conduites à cette nouvelle étape.
Nous nous rendons toutes bien compte des sentiments que cette décision pourrait éveiller dans beaucoup de cœurs. C’est difficile de penser que Sophie ne sera plus « chez nous ». Au cours de la recherche entreprise pour trouver l’endroit le plus approprié, on a pensé tout de suite à Joigny, et certaines d’entre vous se demandent peut-être « pourquoi pas Joigny ? ». Cette question a été soulevée par la province de France, qui s’est intéressée à l’église Saint Thibaut où Sophie a été baptisée. Malheureusement le froid, l’humidité, le manque de sécurité dû à des actes de vandalisme, et les heures d’ouverture très limitées, ne rendent cet endroit ni accessible ni approprié. Même si ce n’était pas le cas, aussi précieux que Joigny puisse être pour les rscj, ce lieu que Sophie a quitté à l’âge de dix-sept ans est associé à sa jeunesse, et non à sa vie religieuse et à sa mort. De plus Joigny est moins accessible aux visiteurs que Paris.
Plusieurs fois la question de l’enterrement du corps de Madeleine-Sophie a été soulevée. Mais une châsse a un statut de relique et il est difficile de changer ce statut après un siècle de vénération. Les cimetières n’offrent pas un cadre de prière au-delà d’une courte visite. Notre expérience est que les personnes qui visitent la châsse ont l’habitude de rester un moment pour prier. De plus, sa présence visible dans une église paroissiale ouverte et où les saints sont honorés, la rendent accessible à beaucoup plus de gens, que si elle était enterrée à Joigny ou à Paris.
Regardons ce déplacement comme une invitation qui nous est donnée de réfléchir à quelques points auxquels peut-être nous n’avions pas pensé jusqu’à présent :
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Sommes-nous prêtes à reconnaître que Madeleine-Sophie ne nous appartient pas seulement à nous ? La cause de béatification fut introduite par le diocèse de Paris, et elle est une sainte de l’Eglise universelle.
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N’est-il pas significatif que celle qui n’a jamais pu satisfaire ses désirs missionnaires, puisse trouver le repos final dans une paroisse qui fut confiée aux Pères des Missions Étrangères et qui est dédiée à Saint François Xavier ?
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Finalement, comme Jésus Ressuscité le fit au jardin pour Marie-Madeleine, sa patronne, Sophie ne serait-elle pas la première à nous encourager à la « laisser aller » ?
Il nous reste à régler quelques détails pratiques et, dans ces mois qui précédent le transfert de la châsse, nous devrons aussi trouver comment préparer les paroissiens à l’arrivée de Sophie. Certains la connaissent déjà, nous avons largement le temps de partager avec d’autres le message de la vie de Sophie ainsi que la vie actuelle de la Société internationale.
2009 est une année significative puisqu’elle marque les 100 ans de la fin des expulsions de France, la dernière Religieuse du Sacré Cœur ayant quitté Conflans en 1909. Puisse la sainteté de Madeleine-Sophie et sa présence dans le Peuple de Dieu continuer à inspirer jeunes et moins jeunes pendant encore très longtemps !
Avec beaucoup d’affection alors qu’aujourd’hui nous célébrons avec reconnaissance l’anniversaire de la Société,
Clare Pratt, rscj
Supérieure Générale
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