Maroc, Lolín Menéndez rscj
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Impossible de prétendre connaître le Maroc après trois semaines passées à Rabat au service de la traduction simultanée dans un Conseil de Congrégation des PSA… Et pourtant, grâce à trois jours d’immersion (visites de sites – passage dans des centres sociaux – rencontres de chrétiens et de musulmans témoignant de leur foi), des traces indélébiles se sont inscrites en moi en forme d’arabesques dont je livre quelques bribes.
* L’ Eglise au Maroc se présente comme minoritaire, silencieuse et prudente, mais très vivante. En cinquante ans, le total des chrétiens est passé de 500 000 chrétiens de 30 nationalités à 30 000 chrétiens de 90 nationalités et ceci alors que la population globale faisait plus que tripler.
Cette Eglise se vit comme une étrangère en pays d’accueil, une étrangère tolérée et respectée (un genre de Concordat avec le St Siège). Si elle peut faire quelque chose, c’est à condition de rester discrète : pas de pub, pas de prosélytisme, pas de conversions. Elle peut vivre sa foi et aider les chrétiens à la vivre, mais elle ne doit en aucun cas essayer de convaincre, moins encore de baptiser des convertis… C’est à accepter ou opter pour le départ. Elle joue pleinement le pari de la confiance vis-à-vis du monde marocain et musulman, son pays d’accueil. A preuve, dans le diocèse de Rabat, la remise entre les mains de l’Etat de la direction des anciennes Ecoles catholiques (pour favoriser la marocanisation- la propriété et l’animation de ces écoles restent à l’Eglise catholique, Les élèves (12 000)sont tous marocains). Cette mesure favorise une estime mutuelle, un authentique dialogue inter-religieux, à partir d’un projet éducatif bâti conjointement par les chrétiens et les musulmans. A preuve aussi son souci d’entrer dans des associations marocaines, d’y arriver les mains nues, dans une démarche de pauvreté et de service où elle vit le dialogue inter-religieux et témoigne de la tendresse de Dieu pour tous les hommes. A preuve encore le ton de la finale d’une lettre de l’évêque de Rabat au Roi Mohammed VI : « … Je tiens à vous remercier aussi pour toute cette manière simple et respectueuse que vous avez pour nous permettre de vivre notre foi dans votre pays. Ainsi nous voulons essayer d’être vraiment des croyants et des priants au sein de ce peuple de Croyants et de Priants que vous êtes… »
* Les rencontres de témoins, tant chrétiens que musulmans, m’ont révélé pour la première fois ce qu’est un authentique dialogue inter-religieux, où chacun change son idée sur l’autre dans une progression ensemble, sans concession aucune, dans un respect absolu, sans vainqueurs ni vaincus, ou plutôt avec deux vainqueurs.
Jacques LEVRAT, prêtre Fidei Donum depuis trente ans au Maroc, s’exprimait ainsi : « Aujourd’hui, les Marocains sont déboussolés : ils ont perdu la confiance en leur système et leur économie. Leur force reste dans la tradition religieuse, dont l’ancrage est l’Islam. Dieu leur parle par l’Islam, d’où mon respect profond de leur tradition religieuse : on ne touche pas aux racines vitales de l’autre ».
Mr Mansour, musulman Soufi, a témoigné d’une authentique expérience de Dieu, où avait pointé une certaine intuition de l’Eucharistie qui lui parle d’une autre forme de la présence de Dieu à l’homme. Il concluait son exposé par une sorte de nostalgie du rapprochement, disant : « Tu es chrétien et tu es sûr d’avoir raison, Je suis musulman et je suis sûr d’avoir raison… Mais on se tient par la main : de l’autre côté, celui qui aura eu raison entraînera l’autre».
Arabesques, sans plus, arabesques où s’inscrit l’attente d’un peuple courageux, exigeant, qui relit aussi, autrement, la présence de Dieu à sa vie.
Ysabel Lorthiois rscj
province de France
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