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Mollie en conversation avec un enseignant en stage.
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À la bibliothèque de l’Ecole Normale de Moroto.
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Mollie Ahern rscj
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Ma famille, des deux côtés, était d’origine irlandaise et a contribué à l’essor de l’industrie pastorale dans l’Etat de Queensland en Australie. Mon père pourtant partit pour la capitale où il épousa ma mère au début des années 1930. Je suis l’aînée de leurs deux filles. Malheureusement, au bout de cinq ans de mariage, ma mère mourut. Quelques années plus tard, mon père se remaria. Notre belle-mère avait été une des premières élèves du Sacré Cœur à Stuartholme, donc nous y fûmes tout naturellement inscrites, même si au début le pensionnat ne se trouvait pas là où il est aujourd’hui, car le terrain était occupé par un hôpital pour les Forces américaines du Pacifique.
J’ai aimé ces neuf années passées avec des religieuses magnifiques, puis je suis entrée à l’Université. Vers la fin de mes études, j’ai écrit à la Supérieure vicaire d’Australie-Nouvelle Zélande, lui demandant d’entre dans la Société. Je voulais donner à fond ma vie au Seigneur, avec des compagnes partageant les mêmes aspirations. Hélas, le souvenir de mon impertinence au pensionnat m’attira une réponse négative et l’on me déclara que j’avais la vocation du mariage.
L’année suivante, ma famille partit en voyage à l’étranger, ce qui ne servit pas ma cause, car cela dénotait chez moi une certaine insouciance, ai-je entendu dire. Cependant, je ne pouvais pas accepter ce « non ». J’écrivis à une de mes anciennes maîtresses de classe. La supérieure lut cette lettre, et comme elle avait été longtemps maîtresse des novices, elle déclara que j’étais une des vocations les plus nettes qu’elle ait connues. Je reçus donc une autre lettre m’informant que j’avais la vocation, et j’entrais à Rose Bay en février 1957.
Je n’ai jamais « regardé en arrière », comme on dit. Vers 1975, après quelques années d’enseignement de la littérature et de l’histoire moderne en Australie auprès des élèves du secondaire, je demandais de pouvoir servir à l’étranger, là où on aurait besoin de quelqu’un pour enseigner. Je fus envoyée dans ce qui était alors la vice-province d’Ouganda-Kenya. J’y ai passé 25 ans, extrêmement reconnaissante d’avoir eu la chance de vivre l’internationalité, d’offrir aux autres ce dont j’était capable et de recevoir à mon tour.
Je devais remplacer une religieuse britannique qui enseignait à l’école normale de Nkozi, non loin de la capitale. Toutefois, Idi Amin, le président de l’Ouganda, venait de décréter que le pays n’avait plus besoin de professeurs pour les humanités, si bien que le conseil provincial m’envoya en attendant au Karamoja, au nord-est du pays. On me ferait redescendre quand il aurait oublié la question, et on demanderait alors un permis de travail. Au Karamoja, il y avait alors « P.C. » (Pauline Campbell rscj), une des fondatrices de la province, une rscj argentine et une autre rscj anglaise. J’ai commencé par enseigner à l’école secondaire d’une nouvelle congrégation masculine fondée par l’évêque italien du diocèse. Lors de la visite d’Helen McLaughlin, vice-provinciale, deux semaines plus tard, je demandais à rester et cela me fut accordé.
C’était le début de longues années d’enseignement à l’école normale de professeurs du primaire, qui s’adressait aux élèves de plusieurs régions venant de terminer l’école primaire. L’établissement était pauvre, mais marchait très bien, et j’y trouvais ma place à enseigner l’anglais et la religion. Je n’ai pas le don des langues, hélas.
A part les centres administratifs comme notre petite ville (Moroto), le Karamoja est surtout peuplé d’éleveurs de bétail, semi-nomades, polygames et guerriers, avec qui notre communauté de ce temps-là n’avait guère de contacts. Mais à la fin de l’année, nous avons accueilli une rscj qui avait beaucoup d’expérience dans la pastorale des villages et qui était douée pour les langues. Les années suivantes, avec l’arrivée de nouvelles rscj dans la communauté, ce travail pastoral a pris de l’ampleur ainsi que les soins de santé.
En 1979, le président Amin fut renversé et nous avons vu les soldats s’enfuir de nos casernes en désordre, remplacés par des soldats tanzaniens. Puis ce furent deux années de famine et la présence d’agences humanitaires étrangères, de qualité variable et disposant d’énormes sommes d’argent. C’était ahurissant.
En 1982, le diocèse a tenu un synode et s’est réorganisé. Je fus chargée de l’Education et fit partie du comité diocésain d’Action sociale et de développement. C’étaient des responsabilités prenantes qui m’ont élargi le cœur et l’esprit. Juste après, j’eus la chance de participer au Chapitre général de la Société pour la préparation des nouvelles Constitutions.
En 1986, j’ai pris un long temps de congé, et j’étais à peine de retour qu’on me demanda en 1987 d’être provinciale. Du coup je dus quitter mon cher Karamoja pour Kampala, la capitale de l’Ouganda, et plus tard pour le Kenya ouest. Ce fut pour moi un temps privilégié, car nous avons dû prendre des décisions sur les études des jeunes rscj ougandaises et kényanes. Grâce à la confiance du Conseil général et à la générosité des provinces (Irlande-Ecosse, Etats-Unis, Angleterre-Pays de Galles en particulier, mais de plusieurs autres aussi), notre Conseil provincial entreprit de préparer nos jeunes sœurs pour le monde moderne en rapide évolution, champ de leur apostolat. Avec le recul du temps, je vois que c’était le bon moment.
L’année 1988 me ramena à Rome pour le Chapitre général. Mon service de provinciale s’achevait en 1994, mais de manière inattendue je participais au Chapitre général au Canada, et je retournais ensuite dans la province d’Ouganda/Kenya pour la communication de ce Chapitre. Puis je partis en Australie pour un long temps de repos. De retour au Karamoja, un dernier service me fut demandé : Chancelière de l’évêque nouvellement nommé, rôle que j’ai assumé pendant trois ans. Enfin j’ai demandé à rentrer en Australie pour des raisons familiales.
J’ai vraiment aimé ces années où j’ai eu la chance de vivre dans la Province d’Ouganda/Kenya., éprouvant une joie constante à servir la Société, que ce soit parmi les Karamojong ou ailleurs en Afrique de l’est. Cette vie partagée avec des rscj de treize nationalités ou plus m’a profondément stimulée. J’ai toujours éprouvé une grande confiance dans le leadership de la Société, et le renouveau de la théologie après Vatican II a nourri mon esprit. La collaboration étroite avec l’Eglise locale a été une autre chance. Quand je regarde en arrière, je rends grâce au Seigneur d’avoir réussi à persuader les autorités d’alors de me laisser tenter ma chance dans la Société il y a bien des années.
Actuellement, je fais des choses que les personnes retraitées peuvent faire : par exemple aider dans un centre de soutien familial de saint Vincent de Paul et du tutorat en anglais pour des réfugiés. J’aime ces deux occasions et celles qui me permettent de voyager avec des laïcs et d’explorer les richesses de la spiritualité contemporaine
Mollie Ahern rscj
Province d’Australie/Nouvelle Zélande
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