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Mort de Lazare, Vézelay
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Mort du riche, Vézelay
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Luc : 16 : 19-30
Dans la basilique de Vézelay, on peut admirer environ 200 chapiteaux
romans illustrant des scènes de la Bible, de la vie des saints, de la
mythologie, et des chapiteaux symboliques. Curieusement, il n’y a que
deux chapiteaux de l’Evangile et tous deux mettent en scène la parabole
de Lazare et du riche.
Un chapiteau, dans le bas-côté Nord, montre, sur la face principale, le
repas du riche : une belle table à colonnes, richement garnie, dans un
salle voûtée. Le riche est entourée de deux femmes et, de la main, il
donne à manger à celle qui est à droite : une prostituée sans doute, en
raison de sa chevelure. Sur le côté gauche du chapiteau, Lazare, appuyé
sur un bâton, demande l’aumône au riche : « Il aurait bien voulu se nourrir des miettes qui tombaient de la table du riche »
(Lc :16 :21). Mais seuls les chiens (qui mangent les miettes de la
table comme dit la Chananéenne) répondent en léchant les jambes pleines
d’ulcères de Lazare : solitude, misère, maladie d’un côté, richesse,
banquets et compagnie de l’autre : image de la vie dans nos sociétés.
Mais cela n’a qu’un temps. « Insensé, cette nuit-même, on te redemandera ta vie
» ((Lc : 12 : 20). Dans le bas-côté Sud, un autre chapiteau montre la
fin de vie de ces deux personnages. Sur la face principale, nous
retrouvons le riche. Il n’a pas de nom. C’est « le riche », Ce n’est
pas sa richesse, en tant que telle, qui est en cause. mais c’est
l’homme lui-même, celui qui, toute sa vie, a ignoré l’autre parce que
trop riche de ses possessions, trop riche de lui-même, avec pour seul
horizon son propre intérêt.
Il est sur son lit de mort, un très beau lit à colonnes avec une belle
literie, signes de sa richesse. De chaque côté du lit une prostituée
nattant ses longs cheveux, avec une belle robe aux superbes plis,
entoure le lit : l’homme gisant reste enfermé dans la luxure ; il est
coincé par ces femmes qu’il paie. Sous son lit, on voit un espace
carré. Cette forme, dans l’iconographie, est toujours symbole de la
terre (avec les 4 points cardinaux, les 4 éléments, les 4 saisons
etc..) La vie terrestre est le seul horizon pour le riche. Ce carré est
rempli par deux paniers dans lesquels le riche a enfermé ses richesses
et dont l’anse est solidement ancrée dans le sommier du lit pour qu’on
ne les lui vole pas: richesses mauvaises car non partagées. Aussi un
serpent sort-il du panier : « Faites vous des trésors dans le ciel où ni les mites ni les vers ne font des ravages » dit le Christ (Mt :6 : 20). « Mais malheur à vous les riches car vous avez votre consolation » (Lc : 6 : 24). « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Mt : 6 :24). Et ce sont deux diables ricanant qui viennent chercher l’âme du riche, complètement enfermé dans ses richesses,
Ils s’emparent de son âme : l’un, en s’arc boutant sur son ventre,
essaie d’extraire de sa bouche cette âme représentée sous la forme d’un
petit enfant, et l’autre la prend avec des pincettes comme s’il
s’agissait d’un accouchement très difficile. Ce riche ne veut rien
donner.
Sur le côté gauche, nous voyons l’antithèse de cette scène. Lazare, sur
le point de mourir également, est assis par terre, épuisé. Il n’a pas
de lit. Il tient encore son bâton derrière lui, signe du pèlerin qu’il
a été toute sa vie, sans feu ni lieu. Mais au delà de la pauvreté
matérielle, il a du vivre cette pauvreté spirituelle et bienheureuse
qui est ouverture au don de Dieu. Aussi donne-t-il la vraie richesse
qu’il possède : son âme et il l’offre dans sa main avec un beau sourire
sur son visage levé vers le ciel.
Cette âme, toujours sous la forme d’un petit enfant, est emmenée par
deux anges au ciel dont on voit les nuages à la partie supérieure. Et
elle est emportée dans une mandorle, sorte de grand ovale, qui, dans
l’iconographie romane, est réservée au Christ pour symboliser Sa gloire
de Ressuscité. On voit qu’il y a là une autre dimension spirituelle
ajoutée à la parabole par le sculpteur. Cette représentation est
identique à celle des nombreux tympans romans où le Christ monte au
ciel dans une mandorle portée par deux anges. Lazare est donc ici
l’image, la figure du Christ, le Pauvre, non seulement celui qui a vécu
pauvre jusqu’à n’avoir même pas une pierre pour reposer sa tête, mais
Celui qui a tout donné jusqu’à sa vie pour nous, Celui qui reçoit tout
du Père et par qui tout revient au Père, Celui qui, « de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu »…mais qui « se fit obéissant jusqu’à la mort » (Phil : 2 :5)
Le côté droit du chapiteau évoque l’accueil de Lazare au ciel,
symbolisé, comme ailleurs, par deux arbres, les arbres de vie du
Paradis retrouvé. Selon l’iconographie romane, c’est Abraham, «
le Père des croyants » (Rm : 4 : 11-12) qui accueille les justes dans
son sein au ciel. Nous voyons donc Lazare dans ses bras. Le doigt levé
Abraham montre ce qui n’est pas représenté ici mais évoqué : en réponse
à la demande du riche d’aller prévenir ses frères pour qu’ils ne
suivent pas la même voie, il répond : « Ils ont Moïse et les prophètes.
Qu’ils les écoutent ! » (Lc 16 :29)
Accomplir la loi et les prophètes, donner sa vie pour tous, c’est la
voie que le Christ a choisie et qu’Il nous invite à suivre à travers la
représentation de cette parabole. C’est aussi ce que nous disent nos
Constitutions :
« Par amour, le Christ s’est dépossédé de Lui-même dans la
confiance et la dépendance envers son Père pour être l’un de nous. Il
nous enseigne à nous détacher de toute possession, à tout recevoir avec
gratitude comme don du Père, à devenir libre dans notre relation aux
différentes formes de richesses, pour nous rendre disponible à Lui… » (§ 54)
« Par la contemplation de Jésus pauvre dans l’Evangile et dans
les pauvres d’aujourd’hui, nous apprenons à ouvrir notre cœur aux
pauvres… » (§ 55)
Profile: Françoise Rollin rscj; Province de France
Le semeur
Françoise Rollin rscj
Province de France
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