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01-09-04

RSCJ et avocate : mon ministère et son pourquoi

Voilà bientôt vingt ans que j'exerce la profession d'avocate, surtout auprès des immigrés: ceux dont le visa est périmé, ceux qui sont arrivés aux Etats-Unis sans papiers, ceux qui ont fui leur pays par peur de la persécution, femmes en séjour illégal, qui ont été violées et sont au bout du rouleau. Au cours de ces années, j'ai travaillé avec des gens originaires de nombreux pays, ? pour n'en nommer que quelques-uns, Cambodge, Guatemala, Soudan, Nigeria, Iraq, Ouzbékistan, Russie, Iran, Liban, Mexique, Colombie. La majorité d?eux sont des pauvres, la majorité vit dans la peur, vit de rêves. Leur âge va de 4 à 78 ans. Pour le moment, je prépare un procès relatif au droit d'asile pour une veuve de 74 ans. Des proches l'ont fait sortir du Congo après une attaque des troupes gouvernementales qui ont tué son mari, ont violé ses deux filles à multiples reprises, et l'ont battue si sauvagement qu'elle en reste boiteuse. Son visage ridé manifeste la lutte et la peur, ses yeux fatigués cependant luisent d'une espérance, un rêve. Elle est menacée d'expulsion des Etats-Unis, à moins que le juge de l'immigration ne lui accorde l'asile.

Il y a des jours où tout mon savoir-faire légal en qualité d'avocate pour l'immigration pour le Secours Catholique de San Diego est peu efficace, et où compte surtout ma foi en Dieu et en mon client. Tous les jours, si je n'étais pas sûre de la présence de Dieu à mes côtés, je serais perdue et incapable de défendre quoi que ce soit et certainement pas l'espérance. Au fond de moi, il y a la passion d'aider la personne en face de moi pour avoir une chance dans la vie, grandir en espérance, caresser un rêve. Ce don de Dieu, je le garde avec révérence.

A mon sens, notre manière américaine de traiter les « sans-papiers » est très dure en ces jours et ne tient pas compte de notre héritage de nation composée d'immigrants. Cette réalité me rend triste, comme elle attriste aussi beaucoup d'Américains. Arrogance et peur ne sont pas notre marque et ne peuvent contribuer à la paix. Le caractère impitoyable de notre politique d'immigration me pousse à militer avec autant de force et d'imagination que je le peux face aux juges d'immigration, aux enquêteurs d'immigration, aux policiers d'immigration et aux agents pénitentiaires d'immigration, qui, tout simplement, ne font que leur boulot! Pour moi, c'est souvent un vrai défi d'être là, devant ces figures emblématiques du contrôle et du pouvoir; souvent je me dis que c'est la rencontre de David et de Goliath où l'usage de la fronde au bon moment est la solution. Parfois j'échoue; parfois j'y arrive. En fin de journée je rentre fatiguée chez moi, mais heureuse et reconnaissante de notre héritage de religieuses du Sacré-C?ur en matière d'éducation, d'internationalité, de communion. Pour le salut d'un enfant, Sophie disait qu'elle aurait fondé la Société. Je lis cette citation ainsi : pour le salut d'un ado lancé dans le trafic du sexe, de la mère sans papiers qui souffre de violence domestique, du demandeur d'asile, j'utiliserai mon savoir-faire juridique pour défendre et raviver l'étincelle d'espérance qui vacille au fond de leur c?ur.

Frances Tobin rscj
Province des Etats-Unis


 

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