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RSCJ et avocate : mon ministère et son pourquoi
Voilà
bientôt vingt ans que j'exerce la profession d'avocate, surtout auprès
des immigrés: ceux dont le visa est périmé, ceux qui sont arrivés aux
Etats-Unis sans papiers, ceux qui ont fui leur pays par peur de la
persécution, femmes en séjour illégal, qui ont été violées et sont au
bout du rouleau. Au cours de ces années, j'ai travaillé avec des gens
originaires de nombreux pays, ? pour n'en nommer que quelques-uns,
Cambodge, Guatemala, Soudan, Nigeria, Iraq, Ouzbékistan, Russie, Iran,
Liban, Mexique, Colombie. La majorité d?eux sont des pauvres, la
majorité vit dans la peur, vit de rêves. Leur âge va de 4 à 78 ans.
Pour le moment, je prépare un procès relatif au droit d'asile pour une
veuve de 74 ans. Des proches l'ont fait sortir du Congo après une
attaque des troupes gouvernementales qui ont tué son mari, ont violé
ses deux filles à multiples reprises, et l'ont battue si sauvagement
qu'elle en reste boiteuse. Son visage ridé manifeste la lutte et la
peur, ses yeux fatigués cependant luisent d'une espérance, un rêve.
Elle est menacée d'expulsion des Etats-Unis, à moins que le juge de
l'immigration ne lui accorde l'asile.
Il y a des jours
où tout mon savoir-faire légal en qualité d'avocate pour l'immigration
pour le Secours Catholique de San Diego est peu efficace, et où compte
surtout ma foi en Dieu et en mon client. Tous les jours, si je n'étais
pas sûre de la présence de Dieu à mes côtés, je serais perdue et
incapable de défendre quoi que ce soit et certainement pas l'espérance.
Au fond de moi, il y a la passion d'aider la personne en face de moi
pour avoir une chance dans la vie, grandir en espérance, caresser un
rêve. Ce don de Dieu, je le garde avec révérence.
A mon sens, notre manière américaine de traiter les « sans-papiers »
est très dure en ces jours et ne tient pas compte de notre héritage de
nation composée d'immigrants. Cette réalité me rend triste, comme elle
attriste aussi beaucoup d'Américains. Arrogance et peur ne sont pas
notre marque et ne peuvent contribuer à la paix. Le caractère
impitoyable de notre politique d'immigration me pousse à militer avec
autant de force et d'imagination que je le peux face aux juges
d'immigration, aux enquêteurs d'immigration, aux policiers
d'immigration et aux agents pénitentiaires d'immigration, qui, tout
simplement, ne font que leur boulot! Pour moi, c'est souvent un vrai
défi d'être là, devant ces figures emblématiques du contrôle et du
pouvoir; souvent je me dis que c'est la rencontre de David et de
Goliath où l'usage de la fronde au bon moment est la solution. Parfois
j'échoue; parfois j'y arrive. En fin de journée je rentre fatiguée chez
moi, mais heureuse et reconnaissante de notre héritage de religieuses
du Sacré-C?ur en matière d'éducation, d'internationalité, de communion.
Pour le salut d'un enfant, Sophie disait qu'elle aurait fondé la
Société. Je lis cette citation ainsi : pour le salut d'un ado lancé
dans le trafic du sexe, de la mère sans papiers qui souffre de violence
domestique, du demandeur d'asile, j'utiliserai mon savoir-faire
juridique pour défendre et raviver l'étincelle d'espérance qui vacille
au fond de leur c?ur.
Frances Tobin rscj
Province des Etats-Unis
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