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Juge des enfants : Ensemble pour choisir la vie
Ma façon d’exercer ce métier de juge des enfants est sans doute la conséquence d’une expérience qui marque fortement mon existence, même si Jésus-Christ, Dieu ou l’Eglise ne sont jamais nommés. J’ai foi en l’avenir du jeune, souhaite l’aider à ‘choisir la vie’ et susciter en lui le désir de vie, car souvent, l’enfant que je côtoie, n’y croit plus. Comme religieuse du Sacré Cœur, je voudrais manifester combien l’amour du Christ est présent dans la croissance de la personne.
Saisir toute étincelle de vie
Un homme est un homme, même si celui ou celle qui est devant moi ne donne à voir ou à entendre qu’échec, violence, absence apparente de désir, refus de la relation, pulsions de mort… Homme ou femme aimé de Dieu, il est créé pour louer, respecter et servir Dieu. La plupart du temps, les personnes arrivent hyper stressées, avec le fantasme du juge qui ‘enlève les enfants’, ou des représentations suscitant peur, méfiance ou hostilité. Aussi, l’entrée en relation est déterminante. Pour que chacun se reconnaisse, je m’adresse à la personne, lui donne les règles du jeu, afin qu’elle perçoive que le juge est lui aussi soumis à ces règles. Je donne la parole. Lors du suivi judiciaire, je ne suis pas un programme, mais un ‘chemin ensemble’, non connu à l’avance, à la manière des Exercices Spirituels. Ce chemin se trace, audience après audience, en une interaction constante entre le juge et le jeune, le juge et les parents, le juge et les éducateurs. J’essaie de saisir toute étincelle de vie qui se présente, puisant écoute et disponibilité dans la prière. Le juge est seul, avec le risque de toute puissance. Il m’arrive d’exprimer ma colère, mais éprouvant moi-même la miséricorde de Dieu, je porte alors un autre regard.
Une empathie cordiale qui permet de nommer les mouvements intérieurs
Je mène les entretiens individuels par étapes : je reçois d’abord l’enfant, quel que soit son âge, puis l’enfant avec ses parents, enfin, l’enfant avec ses parents et les services éducatifs. Souvent, l’espace ainsi ouvert pour prendre la parole ‘autorise’ à tout déballer: l’inceste ou la violence subie, les ruptures affectives, les pulsions de mort, les dettes ou l’expulsion du logement. Je reçois cela en pleine figure, tour à tour remuée, bouleversée, en colère. Peu à peu, je permets au jeune ou à l’adulte de nommer ce qu’il vit, de prendre du recul, de hiérarchiser les événements. Pour l’aider à se situer, l’aider à dire ‘j’aime, je n’aime pas’, ‘parce que…je désire, j’ai du goût pour’. Avec une certaine empathie cordiale, puisée dans la contemplation du cœur du Christ, il s’en passe des choses dans un entretien, pour peu que l’Esprit s’y engouffre!
Aider à prendre des décisions qui en soient vraiment
Les jeunes ou adultes que je reçois sont dans le passage à l’acte, ils prennent des décisions sur un coup de tête, décisions graves qui ont des conséquences sur toute leur vie. Je veux les aider à prendre des décisions qui en soient vraiment, à repérer les contraintes qui pèsent sur leur choix, leurs peurs, leur permettre de mobiliser leur intelligence, pour peser ‘le pour’, ‘le contre’, et repérer quelles personnes interroger pour obtenir un avis. Je les invite à prendre du temps et à voir si cette décision les laisse dans la paix. Ce métier a du sens parce qu’il offre la durée, et des moyens concrets. C’est ce qui me porte et me motive, même si le résultat ne m’appartient pas, car le jeune est aussi acteur de sa protection. Enfin, au terme de l’accompagnement, il me faut accepter de m’effacer, et ‘passer le manche’ à d’autres. Je ne verrai le fruit que longtemps après. Ma prière n’est pas toujours joyeuse, et certaines situations me sidèrent... Mais c’est un Autre qui s’est chargé du salut du monde : la vie jaillit de Lui, et cette conviction me libère.
Paru en Vie Chrétienne
Claire Castaing rscj
Province de France
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