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Les Andes m’ont façonnée, je me dois à ce peuple
Je n’aime pas écrire sur moi ni qu’on me prenne en photo. J’écris cet article car je ne peux pas refuser à la responsable de la page web, avec qui j’ai vécu un temps de communauté internationale à Rome un temps de communauté internationale à Rome, où nous avons partagé inquiétudes, troubles, et heureusement quelques intuitions, expériences vécues, dans un climat d’affection. Avoir participé à la première phase de la Commission Sofia est une page de ma vie que je ne pourrai pas effacer. J’y ai découvert mes limites ainsi que l’étendue et la complexité du monde et de la Société, mais je suis convaincue une fois de plus que les intuitions et les objectifs de la Commission sont en quête du dynamisme que nous pouvons lui insuffler par nos vies et nos apostolats. Et je poursuivrai mon engagement là où je suis. Comme éducatrices, pourrions-nous avoir un plus beau programme que de prendre parti pour la justice, la paix et l’intégrité de la création, passionnément et indéfectiblement ?
Et maintenant je passe au dernier point, le plus important pour moi : mon retour au monde des Andes où auparavant j’ai travaillé avec ardeur pendant plus de trente ans. Après avoir vécu dans des Etablissements privés du Sacré Cœur et m’être préparée à la carrière d’enseignante, le début du changement fut au Collège du Sacré Cœur de Jaén (1970), où j’avais des jeunes principalement de milieu rural ; le Collège se prolongeait dans les fermes et à la ville, j’ai fait ainsi une première expérience d’éducation populaire, d’alphabétisation et de théâtre pour adultes.
A la suite du tremblement de terre et des inondations dans le département d’Ancash, j’ai eu la chance de participer pendant trois ans au projet de la Conférence des Religieux, qui comprenait des groupes mixtes laïcs/ques et religieux/ses. Cette Conférence nous a permis de mener une vie proche des gens et d’avoir des contacts privilégiés avec cette population maudite, non seulement à cause de la catastrophe naturelle, mais aussi par leur histoire. J’ai ressenti une grande secousse dans ma tête, mes entrailles, mes extrémités…je n’ai jamais marché et chevauché autant, dans tous les sens du terme.
Le voyage intérieur, ce fut aussi une sorte de tremblement de terre qui me fixa d’avantage en Jésus présent, qui est toujours force et douceur, exigence et compassion. Mais j’ai aussi contracté une dette incurable envers ce peuple pauvre que j’aime tellement. Pendant plus de 20 ans j’ai été responsable d’une paroisse sans prêtre, dans laquelle l’expérience chrétienne, l’organisation du peuple, la reconstruction des logements et la vie tout court allaient de pair.
Cette étape ne s’est pas déroulée sans conflits. Les intérêts des groupes de pouvoir se heurtaient à notre manière de travailler. Alors on nous a attaquées, quand on a vu comment les gens évoluaient vers plus d’initiatives et d’alternatives innovantes. Hélas, l’évêque nommé la seconde année de l’expérience mit fin à ce qui avait été commencé par la CONFER, ce qui aboutit à notre départ. Ce fut pour moi l’occasion de me plonger dans la région du Sud des Andes et la région de Cuzco. Trente ans d’engagement chrétien cohérent, caractérisé par une créativité enthousiaste et collective au niveau de l’Eglise et de la société civile. Je ne peux pas m’étendre, ce serait trop long à raconter, mais je réalise que je dois rendre compte de ce que pouvait faire une RSCJ engagée là-bas. Je suis restée seule plus de 20 ans, partageant la communauté chrétienne avec des dominicains et des laïques ; je travaillais à la pastorale d’ensemble, cherchant à mettre debout les hommes et les femmes des Andes. Formation régionale d’animateurs chrétiens dans huit juridictions ecclésiastiques, animation de l’Institut de Pastorale des Andes
Travail dans la Ferme – Ecole Pumamarka (« internat indigène » et entreprise de production pour l’auto développement) . Travail aussi dans des communautés paysannes du vaste territoire de Calca et Urubamba, dans les département de Cuzco. Il y eut aussi des conflits et des accusations même de terrorisme, quand les terroristes nous menaçaient de mort en permanence. L’ »archevêque des pauvres » est mort à Cuzco et son successeur est venu avec le désir de nettoyer sa juridiction des « communistes ». Plus de 27 agents pastoraux ont été renvoyés en une année. Notre Communauté a survécu grâce aux ONGs que nous avions fondées ; le Centre Bartolomé de las Casas et l’Association ARARIWA (« surveillant »en Quechua), l’association d’Aide à l’Enfance (travail auprès des enfants des rues) et travail au second degré : la coordination entre les centres d’Investigation, Développement et Education (COINCIDE). Avec les leaders régionaux, nous avons créé et animons le Comité de Défense des Droits de l’Homme de Cuzco, qui fut d’une grande importance dans les années de violence. Dans les années 90 nous avons assisté à un processus de décentralisation dans le pays que détruisit la dictature de Fujimori en 92.
Au cours de ces deux années, Fanny Cebreros (notre provinciale) m’a permis de participer au premier Gouvernement de Régional, au poste de direction de la politique sociale. Jamais je n’avais imaginé qu’après être restée si longtemps « mère célibataire » j’allais devenir « mère publique » ! Cela m’a permis de soutenir la concertation et la participation populaire : j’y ai beaucoup appris, et en même temps nous témoignions de l’amour des plus pauvres, au cœur de notre travail d’émergence « pour émerger »
Tout - à- coup, en 1995 on nous a demandé la direction de l’Institut Supérieur de Pédagogie Tupac Amaru de Tinta (Canchis, une autre province de Cuzco). Et sans hésiter je me suis lancée, étant donné que ARARIWA s’était assez développée pour se défendre à l’avenir…et il fallait alors veiller à ce que 900 étudiants ruraux et parlant le quechua ne ratent pas leurs études à cause de la fermeture de l’Institution, formatrice d’enseignants de zone très pauvre. L’établissement était en crise parce qu’il manquait de direction et la Province me sollicita. Les difficultés de toutes sortes ne manquaient pas dans cette aventure, empreinte de la joie la plus simple et la plus authentique. J’ai pu vivre à nouveau dans une communauté de RSCJ : en 1997, quand trois sœurs sont arrivées. Ensuite je suis partie, avec l’accord de la provinciale, Pilar Cardo à cette époque, pour faire partie du Gouvernement de transition, avec une responsabilité nationale au Ministère de l’Education ; j’y ai renoncé 20 mois plus tard à la suite de certains désaccords politiques…et à la demande de Clare Pratt rscj, notre supérieure générale. Je suis alors partie apprendre l’anglais (merci à la Province d’Australie – Nouvelle Zélande) avant de commencer la Commission Sophia à Rome. Il me restait quelques mois pour quitter mon travail et la vie ordinaire dans la montagne…mais heureusement j’y suis revenue en août de cette année !Il me faudrait maintenant dire quelque chose du « commencement »…Je suis de parents profondément chrétiens et hors pair, j’ai un frère et quatre sœurs (l’aînée est à l’Opus Dei et Milagros est RSCJ), j’ai cinq neveux et une petite – nièce que je ne connais pas encore, C’est difficile de les présenter : ils ont trop de personnalité et d’originalité. Je raconte seulement une anecdote qui me ravit, parce qu’elle dit tout de ma mère, actuellement très diminuée avec ses 92 ans. Il fut un temps où en réalisant les difficultés que présentait mon style de vie d’alors, elle s’imagina que j’allais quitter la Congrégation. La « foi de charbonnier » dont elle fit toujours preuve lui inspira une solution à son dilemme et une géniale expression de l’essentiel, quand elle me dit après avoir pris bien des circonlocutions : « ma fille, si un jour tu dois cesser d’être l’épouse du Christ, arrange-toi au moins pour être toujours sa maîtresse ». J’essaie seulement d’être, parce qu’une chose est certaine : « Il est mon tout !!
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Bon, si vous voulez des dates : je suis née à Lima en 1943 et je suis
entrée au noviciat à 18 ans à Chorrillos. J’ai été « assemblée »à Cuzco
et c’est là que j’aimerais finir mes jours, parce que, avec la grâce
de Dieu, la vie ne finit jamais.
« Si on dit que je suis une femme heureuse, libre et passionnée, vous pouvez le croire ».
Comment ne pas imiter Sophie quand elle disait : « pour une seule de ces enfants on peut donner toute sa vie ».
Rosario Valdeavelllano rscj
Province du Pérou
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