
Margaret (à droite) le jour de ses premiers voeux.
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Dans l’école primaire de Laini Saba: Eunice Atieno, postulante; Jennifer Simwa rscj, Sabina Namutali rscj, Margaret Mwarili rscj
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Margaret avec Analía Vergara rscj dans le foyer de l’école
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La réalité de Kibera.
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School children
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Lunch time
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Je suis née et j’ai grandi au village de Shillakaya, dans le district de Kakamega de la province occidentale du Kenya. J’ai étudié à l’école des Sœurs de Marie dans le district de Kakamega. Avant d’entrer dans la Société, j’ai suivi un cours d’agriculture dans un collège d’enseignement supérieur franciscain de la province de Rift Valley au Kenya. Comme jeune professe, j’ai obtenu un diplôme d’éducation et de sciences religieuses au collège mariste international, affilié à l’Université Pontificale Urbanienne de Rome. Puis j’ai obtenu un Master d’administration et supervision scolaire au Collège de New Rochelle à New York aux Etats-Unis.
Je suis entrée dans la Société en 1992 et j’ai prononcé mes premiers vœux en 2004. J’ai été attirée par l’amour et l’affection des sœurs que j’avais rencontrées. J’ai été touchée par leur manière de vivre l’internationalité et, par dessus tout, par le nom de la congrégation : le Sacré-Cœur. Cela me disait quelque chose de l’engagement des sœurs pour les valeurs du Cœur de Jésus.
Depuis que je suis dans la Société, j’ai vécu en différentes communautés et exercé différentes missions. A Eldoret, j’enseignais à l’école secondaire Harembee. A Chekalini, à lécole secondaire de filles « Mgr Njenga », j’étais professeur d’instruction religieuse, de Kiswahili et d’histoire.
Depuis ma profession perpétuelle en 2003, je travaille à la paroisse du Christ-Roi, dans le bidonville de Kibera à Nairobi, où j’étais coordinatrice de l’enseignement. Cette année j’ai commencé à travailler dans l’école primaire paroissiale de Laini Saba, comme directrice. Cette école a commencé par être un refuge pour les enfants de la rue ; et maintenant il y a beaucoup d’enfants démunis de Kibera qui viennent y chercher une éducation de qualité.
Depuis 3 ans, je travaille au bidonville de Kibera et je suis très touchée par cette expérience qui m’enrichit. J’y touche du doigt la réalité du plus grand bidonville au sud du Sahara, marqué par la misère, le surpeuplement et la dégradation de l’environnement.
Je suis en contact direct aussi avec les problèmes des habitants de ce lieu : la violence, l’injustice et la désintégration familiale. Cela se voit à l’augmentation du nombre des orphelins, des enfants des rues et des mères célibataires et à la prédominance d’une violence multiforme. Kibera est un endroit où les gens préféreraient ne pas vivre ou travailler, ce qui signifie que ceux qui s’y trouvent luttent chaque jour pour être libéré de cette situation inhumaine. A chaque fois qu’un horizon s’entrouvre quelque part, ils y vont pour trouver de l’eau, des possibilités d’instruction et de la propreté. Le défi pour moi est de savoir comment les aider à faire l’expérience de la tendresse de Dieu. Partager la vie de ceux qui vivent dans ces conditions est un moyen assuré de vivre la solidarité avec eux.
Pour comprendre la situation de Kibera, il faut venir voir. J’ai appris à aller chaque matin, au-devant de la vie telle qu’elle se présentera. Mon ministère consiste souvent à écouter le cri des gens. J’écoute les chômeurs, les orphelins qui cherchent de l’aide pour pouvoir aller à l’école, j’écoute les parents seuls, en particulier les mamans qui se battent pour élever leurs enfants, et j’écoute les enfants des rues en quête d’une espérance de vie.
Souvent, je dois relever le défi de manifester l’amour de Dieu à des enfants qui ont faim ou qui ont été chassés de chez eux par des tuteurs incapables d’en prendre soin. Puis il y a les mères célibataires chassées de la maison de leur époux défunt conformément aux croyances culturelles, les jeunes sans travail qui doivent répondre aux besoins de leurs familles. On me dit souvent : «Mes enfants ont faim. » « Pouvez vous-aider mes enfants à aller à l’école ? » Et d’autres encore : « Où puis-je trouver de l’aider pour mon petit-fils ? » Il est difficile de trouver une réponses à ces questions. Mais l’appel à écouter est toujours là : l’appel à parler au nom des sans-voix et de ceux qui luttent. Ainsi le travail à Kibera m’a appris à faire attention, à écouter ceux qui viennent déverser leurs doléances. C’est un appel à écouter les mères célibataires qui se préoccupent pour l’avenir de leurs enfants. C’est un appel à être patiente devant la colère des misérables qui habitent un bidonville.
Le travail à Kibera m’a donné l’occasion d'être évangélisée. Chaque jour, lorsque j’y arrive, la Bible devient réalité plus que parole écrite. Par exemple, chaque matin la foule qui se presse à l’entrée de Kibera me fait penser à Jésus qui enseigne : « La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux. » J’expérimente la vérité de cette parole dans mes responsabilités personnelles de coordinatrice de l’éducation dans la paroisse. Mon travail m’appelle sans cesse à écouter davantage, à guider, soutenir, consoler, interviewer, aller rencontrer les divers bureaux de l’éducation, écrire des rapports, assister à des réunions de partenaires, organiser ou animer des forums de discussion avec les professeurs, les élèves et les parents de Kibera.
Mon expérience à Kibera est donc semblable à celle de la pauvre veuve de la Bible. Comme elle je me sens appelée à plus de générosité, à me vider de moi-même et à tout donner : temps, forces, etc. pour communiquer l’espérance à tous ceux qui l’ont perdue.
Mon expérience, c’est aussi celle du Bon Samaritain qui, après avoir vu les besoins de l’homme tombé aux mains des bandits, a cherché comment l’aider à recouvrer la santé. Il a cherché de l’aide auprès des gens de l’auberge, et quand il a été sûr que l’homme serait bien soigné, il est parti, mais a promis de revenir voir comment il irait. Servir de lien et de pont entre ceux qui ont perdu l’espérance et ceux qui peuvent aider à la faire revivre ; a été pour moi une expérience enrichissante et vivifiante. Ce va-et-vient avec les habitants de Kibera m’a aidée à expérimenter l’amour de Dieu. J’ai vu que les pauvres peuvent être très généreux et s’entraider en bien des petites choses. Ils m’ont aidée à toucher du doigt la générosité de Dieu.
Ces expériences ont été formatrices de plus d’une façon. Elles m’ont aidée à apprécier ce que j’ai reçu du Seigneur, les privilèges de la vie quotidienne tels que l’accès à l’eau, l’espace, un environnement propre et d’autres choses qu’on ne trouve pas facilement dans les bidonvilles. Ces expériences m’ont permis d’écouter patiemment les cris de tous ceux qui souffrent et d’expérimenter plus concrètement la situation des habitants des bidonvilles. Ecouter, faire le pont, réconcilier, mettre debout, c’est à travers ces simples expériences que j’exprime le charisme de la Société.
Margaret Mwarili rscj
province d’Ouganda-Kenya
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