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05.11.06

Comment transmettre aujourd’hui la spiritualité du Sacré Cœur dans nos établissements scolaires ?

 

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 Marmoutier, France
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 Kyamusansala, Ouganda
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 Princeton, USA
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 San Lujs Potosí, Mexique

Aujourd’hui comme hier, nous avons le désir de transmettre ce qui nous fait vivre. Fondamentalement,  quel que soit le lieu ou le moyen, c’est bien avec la même manière d’être et de faire que nous désirons témoigner de l’amour infini du Cœur du Christ. C’est là que s’inscrit mon travail actuel dans l’équipe de formation de la Tutelle des établissements scolaires du Sacré Cœur et là qu’il trouve sa source et son sens.
La Tutelle participe pleinement à la  mission d’Eglise qui est donnée à l’enseignement catholique : annoncer l’Evangile au cœur de la mission pédagogique à travers l’enseignement et toute la vie d’un établissement scolaire. L’école est en effet un lieu privilégié non seulement pour enseigner mais aussi pour éduquer des jeunes quels qu’ils soient et pour leur proposer un sens de la vie éclairé par l’Evangile. Cette chance pour l’Eglise s’est élargie avec les contrats d’Association qui nous demandent d’accueillir dans nos établissements tous les enfants et les jeunes, quels que soient leur milieu social, leur culture ou leur religion. Nous ne pouvons que nous en réjouir, car c’est bien dans la ligne de l’Evangile qui doit être annoncé à toutes les nations. Mais cet accueil beaucoup plus large a remodelé la physionomie de nos établissements avec un nombre plus important d’élèves qui appartiennent à des milieux peu chrétiens ou à des religions différentes de la nôtre.

A cela il faut ajouter la déchristianisation ambiante mais aussi  le peu de culture et / ou de pratique religieuse de beaucoup d’enseignants. Les plus jeunes d’entre eux nous arrivent motivés par l’enseignement mais ils ont choisi l’enseignement catholique au moment de leur CAPES pour des raisons diverses et ils ne sont pas nécessairement motivés par une pastorale ou une annonce de la foi ni, à plus forte raison, par le souci de transmettre l’esprit et la tradition d’une éducation au Sacré-Cœur.

Pendant de longues années, la présence dans nos établissements de religieuses du Sacré-Cœur et de nombreux laïcs travaillant à la même œuvre éducative permettait un certain type de transmission de la tradition du Sacré-Cœur, par osmose. Aujourd’hui, nous arrivons à un tournant de notre histoire :  nous ne sommes plus sur le terrain et beaucoup d’enseignants et de membres du personnel qui avaient travaillé de nombreuses années avec nous partent à la retraite et sont déjà ou seront, d’ici cinq ans environ, remplacés par 50% de jeunes ou nouveaux professeurs. Ceux-ci représentent un enjeu et une urgence car ce sont eux qui auront demain à transmettre et à faire vivre le projet éducatif de la congrégation de manière dynamique et adaptée. Ce contexte resitue de manière nouvelle à la fois notre projet éducatif et une pastorale au sens large du terme.

Mais  qu’est-ce qui dans toute la vie de l’école, du collège, ou du lycée, va permettre à des jeunes de découvrir un sens de la vie éclairé par l’Evangile ? Certes, au cours de ces dernières années, un gros travail a été fait au sein de la Tutelle par des laïcs et des religieuses du Sacré-Cœur pour élaborer un Projet éducatif commun à tous les établissements. Il n’en reste pas moins que les chefs d’établissements ne peuvent insuffler ce sens et cet esprit à eux  seuls. Ils ont besoin et auront de plus en plus besoin de professeurs et d’éducateurs ayant perçu le sens profond de ce projet et désirant le vivre et le faire vivre aux jeunes. Le second enjeu de la Tutelle, et pas le moindre, est donc d’intensifier la formation des adultes, enseignants, animateurs en pastorale scolaire, éducateurs et membres du personnel pour leur faire connaître et goûter la richesse de notre tradition spirituelle et pédagogique.

C’est pour répondre à cette urgence que j’ai été appelée il y a deux ans à constituer une équipe de formation de la Tutelle avec des laïcs et des religieuses du Sacré-Cœur.  Il s’agit d’une part de continuer à mettre en oeuvre ou à élaborer des projets de sessions inter-établissements que nous souhaitons donner à Joigny, et, d’autre part, de créer des formations « sur le terrain », dans  chaque établissement, pour les jeunes et nouveaux enseignants qui y arrivent. Nous avons donc élaboré ensemble un parcours «  d’initiation », animé par l’un ou l’autre membre de notre équipe, avec le but de faire découvrir à ces jeunes enseignants ce que représente la Tutelle, la vie de la fondatrice, les fondements du projet éducatif de notre congrégation. Cela permet d’avoir avec eux des échanges sur leur pratique pédagogique et éducative.

Le défi pour nous est de trouver les moyens de les rejoindre là où ils en sont, sur leurs lieux de travail, avec leur dynamisme et leurs questions. Notre  projet est de faire grandir en eux le goût qu’ils ont de leur métier, de les former, ou, à tout le moins, de les ouvrir à l’intelligence de la foi et de les aider à percevoir peu à peu comment leur métier s’enracine et s’incarne dans une perspective évangélique, marquée par la tradition du Sacré-Cœur. Par exemple, quelle relation d’éducation vont-ils établir avec chaque élève et chaque classe ? Comment vont-ils se situer par rapport au Projet éducatif ?  Tout cela est un vaste et ambitieux  programme.

 Vingt ans d’enseignement en anglais et de pastorale scolaire, douze ans de formation d’adultes me préparaient, d’une certaine manière, à ce nouveau « métier » . Mais quel défi à chaque fois pour connaître le terrain d’un établissement toujours différent d’un autre, pour percevoir l’évolution rapide des établissements scolaires et entre autres celle des enseignants et des éducateurs. Cela demande  de saisir leur intérêt le plus profond, de les rejoindre dans le meilleur d’eux-mêmes et de les ouvrir à un peu plus de sens et de goût pour une éducation de toute la personne, par delà l’enseignement d’une matière. C’est exigeant et cela demande travail,  créativité et adaptation car l’enjeu est important.  

Cette mission  est une chance pour moi, puisqu’elle me permet d’une certaine manière de récapituler les différentes expériences apostoliques de ma vie. Elle est aussi une chance pour l’Eglise. Je peux mesurer le chemin parcouru depuis plus de trente ans de collaboration avec les laïcs, entre le moment où je débutais dans l’enseignement et aujourd’hui où je participe à leur formation.

Dans nos établissements scolaires, avec les laïcs, nous sommes passées d’une  collaboration de plus en plus étroite à une réelle « réciprocité ». Les responsabilités du Conseil de Tutelle sont de plus en plus partagées entre les laïcs, dont l’une est la  Déléguée à la Tutelle, et les religieuses du Sacré-Cœur. Laïcs et religieuses avaient déjà travaillé ensemble à l’élaboration du Projet Educatif commun à nos établissements scolaires. Ils sont désormais partie prenante dans l’équipe de formation de la Tutelle, tant au niveau de l’élaboration des projets que de leur mise en œuvre sur le terrain.

Mais au-delà du partage des  responsabilités, je fais l’expérience d’un réel réseau d’amitié et de soutien mutuel entre les laïcs, et entre les religieuses du Sacré-Cœur et les laïcs. Les contacts que je peux avoir avec les chefs d’établissements et le travail réalisé avec les autres membres de l’équipe de formation m’ont permis de percevoir cette amitié, ce soutien mutuel et la profondeur de leur engagement de chrétiens au service de l’éducation des jeunes.

Je crois que personnellement,  mais aussi collectivement,  nous avons appris à partager plus simplement et plus profondément ce que nous sommes, notre spiritualité et notre tradition pédagogique. Et nous recevons des laïcs la manière dont eux-mêmes  expriment cette spiritualité et en vivent. A certains moments plus privilégiés, comme peuvent l’être les sessions à Joigny par exemple, il ne s’agit plus de «  transmission » à des laïcs mais bien de partage et même de partage fraternel.

Certes, tout au long de cette histoire de collaboration, il y a eu des moments douloureux, des passages difficiles; nous avons fait une expérience certaine de dépouillement et de dépossession  par rapport à un terrain qui nous est cher comme éducatrices. Mais cette mission vécue avec les laïcs de nos établissements scolaires est un enrichissement réciproque et une joie pour nous, religieuses du Sacré-Cœur : la joie de découvrir comment, selon les termes mêmes de notre Chapitre général en 2000, ils partagent «  notre mission éducatrice, chemin et espace pour annoncer l’amour du Cœur du Christ ».  


Marguerite de Thélin rscj
Province de France
Última modificación ( 04.11.06 )
 

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