Esther Sastre rscj, province d’Argentine – Uruguay Version imprimable Suggérer par mail
01-09-06

Je suis entre Ses mains et j’ai confiance, je crois et j’espère.

0609-1

0609-2

En l’anniversaire de mes 50 ans de profession, j’ai renouvelé mes vœux avec cette formule qui était gravée au fond de mon cœur :

« Aujourd’hui, je voudrais proclamer le « mystère » de l’Amour de Dieu dans ma vie et le faire de nouveau dans la simplicité du quotidien. Je veux renouveler ma confiance en l’action du Seigneur qui féconde la vie pour le Royaume et transforme à sa façon les faiblesses, les omissions et le don de soi.

En renouvelant aujourd’hui ces vœux, je voudrais donner, les yeux fermés, ce qui me reste de vie pour dire à tous :

« N’ayez pas peur
Dieu est là, il nous aime
tous sans exception.
Tous nous avons place en son cœur. »

C’est pourquoi, sûre de cet amour et dans la joie de ma foi, me confiant à la protection de Marie, de Sophie et de toutes mes sœurs, je renouvelle mes vœux de bon cœur et demande la grâce d’être fidèle jusqu’à la mort. »

 

Cherchant comment j’allais partager aujourd’hui avec vous, je regarde avec étonnement le chemin de ma vie. Comment ai-je fait pour croire si profondément en l’amour de mon Dieu ? Comment ai-je fait pour me réconcilier avec toutes mes faiblesses et mon péché ? Comment a pu grandir cette grâce de me sentir dans les mains de Dieu mon Père ?

Regardant bien au dedans, remontant jusqu’au temps de mon enfance et de ma jeunesse heureuse avec 11 frères et sœurs, de nombreux cousins, une mère tendre et douloureuse qui mourut lorsque j’avais 15 ans, un père que j’adorais… Ce papa aux idées libérales et non pratiquant, conduit par Dieu, jeta en mon cœur une première semence de liberté, de joie et de sens de l’humour.

Le temps passait, la semence restait sous terre sans donner de fleurs, mais elle se préparait, à travers le mystère de la richesse et de la contradiction d’une formation plutôt exigeante et sévère.

Les années s’enfuyaient, et vint le temps du « changement dans la vie religieuse ». La spiritualité de la congrégation se frayait de nouveaux chemins et ma semence était prête à donner ses fleurs…

Ma vie entière devint un chant : Dieu est amour et il m’aime comme m’aimait mon papa… Je suis sa fille…

Et ne cessant de regarder au dedans, je finis par tomber sur le Chapitre de 1967. Je fus nommée déléguée et j’arrivais à Rome avec des espérances de probaniste : la Maison-Mère, via Nomentana, l’antichambre du paradis…

Je ne mis pas longtemps à découvrir que, parmi les provinciales et les déléguées, il y avait des situations que j’ignorais… la Société passait par une crise interne, des manques de confiance… je sentis le péché mais en même temps la grâce.

A travers cette faiblesse, le Cœur de Jésus était en train de nous guider de nouveau vers la « petite Société ». Il prenait sur lui notre péché avec amour, jusqu’à ce que nous puissions expérimenter que « la grâce de ce Chapitre était l’humilité ». Le Royaume de Dieu, pour grandir, a besoin de notre impuissance...

Je signale enfin comme grâce l’étape où j’ai cessé d’être provinciale. Je me suis sentie mal, mise à l’écart, ignorée. Le « pouvoir » m’avait fait vivre l’illusion d’une vie pleine… Aujourd’hui je considère que le non pouvoir a été et reste une grâce immense. J’ai quitté avec douleur ce que je croyais m’appartenir. J’ai appris à me détacher. Le manteau de la solitude m’obligea à regarder Jésus comme l’unique.

Aujourd’hui, à 85 ans, je me sens comblée, sans pouvoir, mais avec beaucoup de joie, le sens de l’humour et la liberté. Dans la province, je me sens aimée. Je suis la « Reine Esther », sans pouvoir mais avec beaucoup d’amour.

Je vis dans la communauté de Villa Jardin, participant à la vie du quartier et du collège. Je suis une référence historique pour les jeunes qui font leur expérience de Bethléem (postulat) dans notre communauté.

J’attends l’appel définitif avec la peur de souffrir, mais je redis ma confiance dans la fidélité du Seigneur.

Je suis entre Ses mains et j’ai confiance, je crois et j’espère.

Esther Sastre rscj,
Province d’Argentine - Uruguay

Dernière mise à jour : ( 16-10-06 )